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Le peuple awa : Survivre malgré la terreur

Quatre enfants jouent sur une gallerie. © ACDI-CIDA/Jean-François Leblanc
Les personnes déplacées par les conflits armés en Colombie vivent dans des conditions extrêmement difficiles, sans travail, sans maison et sans école pour leurs enfants.
Habillés d'uniformes bicolores, des écoliers de tous âges sortent des classes en souriant, heureux d'aller à la récréation, certains pour jouer au football, d'autres simplement pour bavarder avec leurs amis. Cette scène serait typique s'il n'y avait pas aussi, garés près de l'école, des véhicules du Programme alimentaire mondial (PAM), de l'Organisation panaméricaine de la santé, du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, de l'UNICEF, d'Aide à l'enfance - Canada et du Conseil norvégien pour les réfugiés.

Ces enfants sont des Awas, un groupe autochtone menacé par les conflits armés en Colombie. Leurs familles bénéficient d'un ensemble de programmes mis en place par le Canada et des organisations internationales pour contrer l'analphabétisme, la sous-alimentation chronique, l'insalubrité, le sous-emploi, les attaques contre les droits de cette population fragilisée et le recrutement forcé de mineurs par les groupes armés illégaux, très actifs dans le pays.

Nous sommes à El Diviso, un village dans les premiers contreforts des Andes, dans le département de Nariño, au Sud-Ouest de la Colombie. Le village est au cœur du territoire ancestral awa. Il rassemble environ 1 500 personnes dans des cabanes de bois aux couleurs délavées. Un certain nombre d'infrastructures neuves, en briques, regroupent l'école, le centre de santé et les espaces communautaires.

Gabriel Bisbicus, président d'Unidad Indigena del Pueblo Awa et chef du village, explique : « Depuis des temps immémoriaux, mon peuple occupe un large territoire qui couvre une partie du Nord de l'Équateur et du Sud de la Colombie. Jusqu'en 2007, nous vivions en paix sur nos terres, en grande partie isolées du reste du pays. C'était avant les massacres de nos gens par des groupes armés qui sillonnent depuis peu l'arrière-pays pour nous prendre de force nos terres et y cultiver la coca, qui sert à produire la cocaïne, ou le pavot, qui sert à produire l'héroïne. »

Il poursuit : « À cela s'ajoute la présence des forces armées gouvernementales qui tentent de déloger les groupes armés illégaux et les narcotrafiquants. Nos plantations de fruits et de légumes sont détruites par les herbicides qu'utilise le gouvernement pour anéantir les récoltes de coca et de pavot. Nos terres sont maintenant parsemées de mines antipersonel, ce qui met en danger non seulement nos gens, mais aussi notre mode de vie de chasseurs-cueilleurs. »

Une série de massacres perpétrés en 2009 sur le territoire awa a entraîné la mort de plus de 30 personnes. Ces attaques ont obligé un grand nombre d'Autochtones à se replier vers les villages, dont celui d'El Diviso, ce qui crée une pression accrue pour des services supplémentaires. On estime que 93 % de la population ne peut répondre à ses besoins de base (eau potable, nourriture saine en quantité suffisante, vêtements, logement, etc.).

La communauté internationale, dont le Canada, a réagi rapidement à cette situation. Elle offre maintenant une panoplie de services en collaboration avec le gouvernement colombien. Diverses organisations internationales et des ONG financées par l'ACDI sont présentes à El Diviso pour appuyer la population locale, qui vit dans la peur et dans des conditions difficiles.

Ainsi, le Programme alimentaire mondial (PAM) fournit des rations aux habitants du village et aux personnes déplacées, qui souffrent de malnutrition chronique - c'est le cas notamment de 41 % des enfants. La communauté fait aussi face à plusieurs problèmes de santé, dont (en ordre d'importance) les parasites intestinaux, les infections pulmonaires, les gastrites chroniques et les maladies diarrhéiques. En collaboration avec le PAM, l'Organisation panaméricaine de la santé cible les cas de malnutrition à la clinique de santé du village, offre des soins de santé et encourage les mères à allaiter. En 2009, elle a traité avec succès 1 500 enfants de la région.

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés offre, pour sa part, un programme complet de protection et d'assistance aux réfugiés awas dans la région. Il effectue aussi une surveillance étroite pour rapporter systématiquement les violations des droits de la personne et tenter de les contrer. Actif en Colombie depuis 1997, il coordonne les efforts des organismes des Nations Unies en vue d'aider les personnes déplacées dans le pays.

Un groupe de jeunes gens assis, écoutent attentivement © ACDI-CIDA/Jean-François Leblanc
La collectivité awa est inquiète face aux attaques des groupes armés illégaux contre leurs villages. Avec l'appui de nombreuses organisations internationales, financées en partie par l'ACDI, les Awas reçoivent de nombreux services de base, notamment dans les domaines de la santé et de l'éducation.
L'UNICEF soutient les différents programmes d'enseignement du village, dans un contexte multiculturel où les jeunes apprennent non seulement leur langue d'origine, l'awa pit, mais aussi l'espagnol. L'organisation appuie aussi des projets spécifiques, dont le programme « Des jeunes pour la paix », destiné à former plus de 200 jeunes à la résolution de conflit par le dialogue et l'ouverture aux autres. Elvia Bisbicus, 18 ans, explique : « Grâce à ces programmes, nous pouvons poursuivre notre éducation dans notre langue maternelle tout en apprenant d'autres langues et ainsi communiquer avec le reste du monde. Nous apprenons aussi à jouer au golombiao, une variante du football hautement participative où les garçons et les filles doivent collaborer pour gagner. »

Avec l'appui de l'ACDI, Aide à l'enfance - Canada et le Conseil norvégien pour les réfugiés ont mis en place un programme éducatif qui renforce et complète celui de l'UNICEF. Sous le thème « En apprenant, nous grandissons », le projet « Droit à l'éducation et à la participation des enfants et des jeunes à Nariño » est destiné surtout aux enfants et aux jeunes touchés par le conflit armé, entre autres en territoire awa.

Ce projet a reçu un financement de 10 millions de dollars sur quatre ans. Il vise à développer, dans l'ensemble du département, les compétences des jeunes en leur permettant de mieux se situer par rapport à la réalité qu'ils vivent, de redéfinir leurs buts personnels, de communiquer efficacement, de mieux gérer les conflits et de prendre une part plus active aux affaires publiques, contribuant ainsi à renforcer la démocratie et la paix.

Le projet fait appel à l'enseignement formel et informel afin de joindre les jeunes là où ils en sont rendus dans leur cheminement scolaire. Les résultats sont probants. En septembre 2009, 2 492 enfants, jeunes et adultes du département de Nariño étaient inscrits à des programmes d'enseignement alternatifs, que ce soit pour terminer leur apprentissage ou réintégrer le système d'éducation formel.

Ce projet, ainsi que les autres destinés à la population autochtone, font partie de la stratégie globale de l'ACDI en Colombie. L'objectif de cette stratégie est de faire avancer le respect des droits de la personne et de réduire les inégalités et la pauvreté au sein des populations les plus vulnérables, surtout chez les enfants et les jeunes. En visant plus particulièrement ces deux groupes, l'ACDI contribue à briser les cycles de violence qui accablent la Colombie et prépare les générations futures à mieux s'intégrer aux activités économiques légales.

Gabriel Bisbicus remercie le Canada et les organisations internationales de leur présence dans sa communauté. Il ajoute : « Bien que nous vivions toujours dans la peur, notre situation s'est beaucoup améliorée depuis les massacres de l'an passé. L'appui de pays comme le Canada nous permet de nous développer, de préserver notre culture, d'affirmer notre existence et de voir l'avenir de manière plus positive. »

Préserver la culture et la spécificité des Awas

La préservation de la culture awa reste au cœur des préoccupations de cette communauté, dispersée sur un large territoire densément boisé et formé de 26 réserves. La population awa, estimée à 4 000 personnes uniquement dans le département de Nariño, est avant tout composée d'agriculteurs et de chasseurs-cueilleurs.

Vivant depuis longtemps en marge de la vie politique et sociale du pays, les Awas doivent de plus en plus s'intégrer à la vie colombienne pour faire valoir leurs droits territoriaux et obtenir les services gouvernementaux offerts à l'ensemble de la population.

Le lien qui unit les villages et les hameaux se résume à une route principale et à des pistes secondaires souvent impraticables en saison de pluie. Les distances se calculent en heures de marche. C'est donc la station de radio mise en place par la communauté, à El Diviso, qui relie les familles dispersées dans la jungle colombienne en diffusant de l'information en awa pit et en espagnol.

L'adaptation des Awas à la modernité n'est pas chose facile, mais les jeunes apprennent vite à composer avec les nouvelles réalités. Dans un local de l'école, des ordinateurs sont à leur disposition, ce qui leur permet de se brancher à Internet et de découvrir d'autres façons de faire et de vivre. Spiritualité, organisation sociale, égalité entre femmes et hommes, traditions, économie : tous ces éléments sont à repenser dans cette microsociété à cheval entre hier et demain.


El golombiao : le jeu de la paix

Des enfants jouent au ballon. © ACDI-CIDA/Jean-François Leblanc
Grâce au golombiao, une variante du football, les jeunes apprennent à régler leurs désaccords par le jeu, le dialogue et l'inclusion.
El Golombiao, ou le jeu de la paix, est une variante du football élaborée pour renforcer la coexistence pacifique et promouvoir la protection des enfants et des jeunes. Il favorise la participation, la reconnaissance, le respect des différences et la diversité entre les sexes.

Les équipes doivent être composées d'un minimum de quatre garçons et de quatre filles. Le premier but doit être compté par une fille. Au début de chaque partie, des règles précises sont établies, y compris les accords sur la façon de s'entendre. Il n'y a pas d'arbitre mais un conseiller. À la fin du jeu, les participants se réunissent pour évaluer le jeu et décider s'ils ont respecté les règles d'engagement et de coexistence. L'équipe gagnante n'est pas nécessairement celle qui a compté le plus de buts, mais celle qui a le mieux respecté les règles établies.

En plus d'être beaucoup joué dans les communautés autochtones des départements de Nariño et de Cauca, le golombiao est pratiqué par 64 000 enfants et adolescents dans 124 municipalités à travers le pays.

Le plan présidentiel « Jeunes de Colombie » fait aussi la promotion de ce sport, avec entre autres l'appui de l'UNICEF, de l'ACDI et de l'agence de développement allemande GTZ.

Pour en savoir plus :