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Les personnes déplacées en Colombie

Une ferme avec des montagnes à l'arrière plan. © ACDI-CIDA/Jean-François Leblanc
En Colombie, le conflit larvé entre les forces gouvernementales et les groupes armés illégaux a obligé plusieurs millions de personnes à déménager, parfois dans des conditions extrêmement pénibles. C'est le cas des 117 femmes et des 72 enfants qui travaillent à tour de rôle à la ferme La Montana.
La Colombie vit la plus importante crise humanitaire de l'Occident. En raison des conflits armés qui y perdurent depuis plus de quarante ans, on estime que trois millions de personnes sont déplacées à l'intérieur du pays et qu'un demi-million de réfugiés se retrouvent dans les pays limitrophes. Après le Soudan, la Colombie est le pays qui compte le plus grand nombre de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays par les conflits armés.

Le conflit en Colombie oppose les forces gouvernementales et les deux principaux groupes armés illégaux : les Forces armées révolutionnaires de Colombie (les FARC) et l'Armée de libération nationale. Il affecte la croissance économique, met en danger les populations et les infrastructures et nuit à la cohésion sociale et culturelle du pays.

À cette situation déjà très dangereuse pour les populations civiles s'ajoute la présence de plus d'une vingtaine de groupes armés illégaux combattant pour des intérêts privés, et de narcotrafiquants en quête de routes de contrebande et de territoires pour cultiver la coca (dont on extrait la cocaïne). Selon la Banque mondiale, la population colombienne bénéficierait d'un revenu moyen de 50 % supérieur s'il n'y avait pas ce conflit.

Le cas de Jenny, une jeune Colombienne déplacée à Pasto, est représentatif de la situation. Elle explique : « Je suis du Putumayo, une région au Sud-Est du pays. Jusqu'en 2008, nous n'étions pas affectés par le conflit en cours, car les groupes armés illégaux et les narcotrafiquants étaient établis ailleurs. Le plan gouvernemental de lutte contre les groupes armés et les campagnes d'éradication de la culture du coca avec des herbicides ont amené les groupes armés à se déplacer dans ma région. Mon mari et moi étions à l'époque propriétaires d'une petite boutique dans notre village. Un jour, des hommes armés ont débarqué dans notre commerce et m'ont demandé de l'argent pour « assurer notre protection ». Nous leur en avons donné, car il n'y avait personne pour nous défendre. Ils sont revenus souvent et chaque fois, nous avons dû payer. À la fin, nous n'avions plus rien à donner. Ils ont battu mon mari à mort, disant qu'on leur cachait notre argent. Le soir même, je partais avec mes trois enfants vers la ville, Pasto, à plus de 100 kilomètres de chez nous. »

Jenny poursuit : « Mes voisins, qui cultivaient un lopin de terre dans les environs, ont fait de même. Les arrosages à répétition des terres par du glyphosate pour détruire la coca ont complètement ravagé leurs plantations de yucca, de maïs et de fruits. Ils ont eu, depuis, des problèmes de santé. De plus, les groupes armés illégaux ont miné tous les champs dans la région pour protéger leurs cultures de coca et pour empêcher la présence des forces gouvernementales. Ce n'était plus possible de vivre en paix. »

Sans économies et sans amis à Pasto, Jenny et sa famille se sont donc présentés à l'Unité de soin et d'orientation à la population déplacée pour dénoncer la situation et s'inscrire comme déplacés internes. L'Unité, mise en place par la municipalité, travaille en collaboration avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Elle a envoyé les documents requis au ministère du Bien-être social à Bogota; trois semaines plus tard, Jenny recevait un avis confirmant son statut de déplacée interne, ce qui lui a donné accès à un ensemble de services ― heureusement pour elle, car 55 % des déplacés internes se voient refuser cette reconnaissance ! L'Unité, de même que le HCR, le Comité international de la Croix-Rouge et l'UNICEF (des organisations appuyées par l'ACDI), fournissent des denrées alimentaires, une assistance psychosociale, des soins d'urgence, une éducation informelle et un appui financier minimal pour aider les personnes déplacées officiellement enregistrées à se loger et à se trouver du travail.

Certains réfugiés doivent habiter un certain temps dans une maison de séjour temporaire tenue par le diocèse de Pasto. Les familles peuvent y demeurer pour une durée maximale de trente-cinq jours. Parfois, on y accueille des orphelins dont les parents ont été tués par les groupes armés. Tous vivent avec un vif sentiment de discrimination, entretenu par leurs compatriotes qui considèrent ces déplacés comme des délinquants potentiels pouvant leur voler travail et lopins de terre.

La plupart des personnes déplacées ne retourneront jamais dans leur région ou leur village d'origine, et cela, pour plusieurs raisons : les groupes armés se sont établis de façon permanente sur le territoire; les titres de propriété des terres ne sont pas assez explicites; les souvenirs des morts laissés derrière sont trop douloureux; les familles sont maintenant dispersées; l'attrait de la ville est devenu trop grand, etc.

En 2005, on estimait à environ 300 000 le nombre de personnes déplacées par année dans l'ensemble du pays. Près de 50 % des Colombiens déplacés l'ont été alors qu'ils avaient moins de 15 ans. Le revenu moyen mensuel d'une famille déplacée est de 65 $US, soit 40 % du salaire minimum légal. Pour 58 % des déplacés, la relation avec la terre est l'élément central de la subsistance familiale. L'adaptation à des environnements urbains, où ils arrivent sans biens, sans moyens de subsistance et sans racines, s'en trouve donc compliquée.

L'ACDI travaille étroitement avec le gouvernement colombien et les organisations multilatérales des Nations Unies pour fournir des services de base essentiels aux personnes déplacées. Pour ce faire, elle a recours à une approche qui a pour but de renforcer les capacités de l'État à répondre aux besoins de sa population, tout en respectant les droits des personnes et en mettant l'accent sur la protection des enfants et des jeunes.