Chaque année en Haïti, plus de 2000 femmes meurent en donnant naissance à un enfant.
Une des stratégies pour renverser cette tendance consiste à favoriser l'accouchement institutionnel par du personnel qualifié.
Malheureusement, la majorité des femmes haïtiennes sont incapables d'assumer les frais exigés par les institutions de santé.
C'est pourquoi l'Agence canadienne de développement international appuie le projet Soins obstétricaux gratuits (SOG), qui vise à éliminer cette barrière financière aux soins de santé.
Le Canada met en œuvre ce projet avec le ministère haïtien de la Santé publique et de la Population, et la coopération technique de l'Organisation panaméricaine de la santé / Organisation mondiale de la santé (OPS/OMS).
Dr Laurent Stien, coordonnateur de projets, OPS/OMS : « La mortalité a été estimée à 630 pour 100 000 accouchements, ce qui est un taux considérable. Cette mortalité maternelle survient dans les 42 jours qui suivent l'accouchement. L'objectif du SOG était de lutter contre la mortalité maternelle qui est l'une des plus élevées dans les Amériques, et aussi de permettre l'accès aux soins institutionnels pour les femmes enceintes, puisqu'en Haïti, plus de trois femmes sur quatre accouchent à domicile, ce qui peut expliquer cette mortalité importante. »
Dr René Pascal, médecin résident, Maternité Isaïe Jeanty : « Y a trop de risques, surtout dans les cas d'hémorragie du post-partum. Lorsque la femme a fini d'accoucher, certaines fois, y a une hémorragie qu'elle ne va pas pouvoir contrôler à la maison. C'est la raison pour laquelle on encourage les femmes de venir accoucher à l'hôpital. »
Dr Lauré Adrien, directeur exécutif, Société haïtienne d'obstétrique et de gynécologie : « C'est un programme qui a permis de diminuer considérablement ce que nous appelons les barrières d'accessibilité économique. Ce programme permet quand même aux femmes qui avaient le souci de savoir où est-ce qu'elles vont trouver les frais pour payer leur admission dans une maternité de se présenter à une maternité sans un sou, en tout cas, sans avoir à payer quoi que ce soit, recevoir des services, et des services par du personnel qualifié. »
Dr Laurent Stien : « C'est un programme national qui a commencé avec plus de 40 institutions dans le pays et qui a montré tout de suite que le fait de supprimer cette barrière financière a permis à de nombreuses femmes de venir dans les institutions car elles ne venaient pas à cause du paiement. Pas à cause de la qualité des soins, ni de la distance. »
Depuis le début du projet en 2008 : Plus de 70 000 femmes et leurs nouveau-nés ont eu accès à des soins qualifiés pendant la grossesse, l'accouchement et la période post-natale.
Le taux de mortalité maternelle dans les institutions participantes est d'environ 135 décès pour 100 000 naissances vivantes, comparativement à 630 décès pour 100 000 naissances vivantes au niveau national.
Florian Fabiola, bénéficiaire : « Quand je suis venue ici pour la première fois, j'étais enceinte de sept mois. Mes soins médicaux ont débuté ici à partir du septième mois. C'est une amie qui m'a référée ici. Elle m'avait dit que le service est excellent ici. En fait, elle m'avait accompagnée car je ressentais des douleurs. On m'a donné une carte d'admission et on m'a dit que je devrais subir une césarienne. Je suis ensuite venue pour des visites de suivi. On m'a demandé de faire une échographie par mois afin de pouvoir contrôler le développement du bébé. Le docteur qui m'avait auscultée m'a dit que j'avais un problème au niveau du placenta. J'avais une coupure au niveau du placenta. Ma date d'accouchement était prévue pour le 11 avril mais je n'ai pas attendu cette date. J'ai commencé à ressentir des douleurs le 19 mars. Ma grande sœur m'a accompagnée ici. À mon arrivée, on m'a bien accueillie. Par la suite on m'a installée sur la table d'accouchement et on m'a soignée sans aucun problème. Je suis très chanceuse d'être encore en vie car j'ai eu un sérieux problème d'hémorragie. »
Dr Lauré Adrien : « Nous ne nous contentons pas d'offrir des soins gratuits aux femmes, nous faisons aussi ce que nous appelons un accompagnement post-partum, c'est à dire après leur passage dans le service, quand elles vont retourner dans leur communauté, nous nous efforçons de leur fournir aussi les médicaments, en tout cas, tout ce dont elles auront besoin pour continuer leur traitement. »
Dr Camille Figaro, directeur médical, Maternité Isaïe Jeanty : « Ceci permet non seulement d'aider la femme à faire des choix informés pour savoir ce qu'elle fait, mais ceci permet aussi d'améliorer la santé de la femme. Le SOG a joué un grand rôle et j'espère que ça va continuer comme ça, tout en s'améliorant. »
Dr Laurent Stien : « La prochaine phase qui s'annonce, on va encore étendre ce paquet de soins pour prendre en charge les enfants de zéro à cinq ans de façon gratuite également. »
Le 15 septembre 2011, le ministère haïtien de la Santé et l'OPS/OMS ont lancé le projet « Manman ak timoun an sante » (projet Mère et enfant en Santé). Ce projet est financé par le Canada à hauteur de 20 millions de dollars. Le projet vise à améliorer la santé des femmes et des enfants en offrant gratuitement des soins prénataux aux femmes enceintes et des services de santé pour les enfants de moins de 5 ans.
Au cours des cinq prochaines années, le Canada investira 50 millions de dollars dans des projets pour améliorer la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants en Haïti.