Notes pour une allocution prononcée par l'honorable Beverly J. Oda
Ministre de la Coopération internationale au centre de recherche en entreposage du grain de la commission canadienne du blé à l'université du Manitoba.
Winnipeg (Manitoba)
Le 16 octobre 2009
Merci et bon après-midi. Je vous remercie tous et toutes de vous être joints à nous aujourd'hui pour souligner la Journée mondiale de l'alimentation. Je suis aussi, bien sûr, touchée par ces mots de présentation et par la coopération manifestée aujourd'hui par mon collègue qui, je pense, est assis à quelques places de moi. Vic Toews, président du Conseil du Trésor, vous êtes donc un des mes proches collègues ! Nous faisions des blagues quant à l'importance de se placer du bon côté du ministre, car il doit approuver toutes nos dépenses importantes.
Je dois tout de suite préciser qu'il appuie grandement le travail que le Canada accomplit outre-mer dans les pays en développement.
Je remercie Monsieur Wittenberg et aussi la Faculté de l'accueil si chaleureux qu'ils nous ont réservé ce matin à l'Université. En mai dernier, au Centre Monk de l'Université de Toronto, j'ai présenté le plan de notre gouvernement en matière d'efficacité de l'aide. J'ai donné un aperçu des mesures que nous prenons pour rendre l'aide plus efficace, plus ciblée et plus transparente.
À Toronto, j'ai présenté les trois priorités thématiques qui orienteront le travail de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) dans les années à venir : accroître la sécurité alimentaire, stimuler une croissance économique durable et assurer l'avenir des enfants et des jeunes.
Aujourd'hui, à l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation, alors que nous, ici au Canada, avons de nombreuses raisons d'être reconnaissants, j'aimerais vous parler de la stratégie et du plan d'action de l'ACDI pour accroître la sécurité alimentaire. Surtout à cause de la hausse des prix des aliments, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (la FAO) a estimé que le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde avait augmenté de 75 millions en 2007 et de 40 millions en 2008. Aujourd'hui, les causes structurelles de la crise alimentaire persistent : faiblesse des investissements dans la production agricole; insuffisance du crédit agricole; hausse des coûts de production; accent mis sur les cultures marchandes exportables. Et la récession économique mondiale que nous traversons ajoute au problème.
On prévoyait que la crise économique plongerait plus d'un milliard de personnes dans la faim chronique et la famine. Malheureusement, cette prévision est maintenant une réalité mondiale. Et les défis qui nous attendent sont encore plus grands.
Comme l'a dit la directrice du Programme alimentaire mondial (PAM), « la survie de l'humanité dépend de l'alimentation ». De fait, la faim et la malnutrition causent plus de décès que le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose réunis. Comme le mentionne souvent Mme Sheeran du PAM, la faim et la famine ne peuvent déboucher que sur trois choses : la migration, la rébellion ou la mort. Or, comme nous le savons tous, faute d'un approvisionnement alimentaire suffisant, le développement durable est impossible. C'est pourquoi la sécurité alimentaire constitue un thème primordial pour l'ACDI.
Nous avons donné trois grands axes à notre stratégie : l'aide alimentaire et la nutrition; l'appui accordé à l'agriculture; et la recherche et le développement. Parlons tout d'abord de l'aide alimentaire; c'est un domaine où le Canada dispose de bases solides sur lesquelles il peut faire s'appuyer.
L'an dernier, en 2008, le Canada venait au troisième rang des pays donateurs du Programme alimentaire mondial. Et le Canada continuera de fournir une aide pour répondre aux besoins urgents en matière d'aide alimentaire. Pas plus tard que le mois dernier, le Canada a été le premier pays à répondre à un appel mondial, en versant une contribution de 30 millions de dollars pour apporter une aide alimentaire aux victimes de la sécheresse en Éthiopie, au Kenya, en Somalie et en Ouganda. Et l'an dernier, nous avons délié la totalité de notre aide alimentaire. Auparavant, la moitié de l'aide alimentaire canadienne devait être achetée au Canada. Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le déliement de l'aide alimentaire canadienne peut accroître de 30 à 35 % l'efficacité de notre aide. L'ACDI peut
désormais fournir une aide alimentaire plus rapidement et à un moindre coût à ceux qui en ont besoin, tout en soutenant le développement agricole local.
Et je tiens à signaler que le volume d'aide alimentaire acheté de sources canadiennes était plus important l'an dernier que l'année précédente, lorsque l'aide était encore liée. Je tiens à remercier tous les agriculteurs canadiens et la Banque de céréales vivrières du Canada, notre plus important partenaire dans le domaine de l'aide alimentaire, d'avoir souscrit à notre décision de délier l'aide alimentaire. (Applaudissements.)
À mesure que nous irons de l'avant, l'ACDI collaborera étroitement avec ses partenaires pour trouver de nouvelles façons d'acheter et de gérer les stocks alimentaires, afin de pouvoir répondre en temps voulu aux besoins urgents. C'est pourquoi, conformément à l'engagement pris par le premier ministre pendant le Sommet du G8 cette année, le Canada versera 30 millions de dollars au Programme alimentaire mondial pour soutenir deux projets pilotes lancés dans le cadre de son initiative « Achats pour le progrès »; ces projets seront mis en œuvre au Ghana et en Afghanistan.
Dans le cadre de cette initiative, le Programme alimentaire mondial s'engage à acheter des produits locaux à des agriculteurs à faible revenu ou à de petits exploitants agricoles, ce qui profitera à leur famille et à leur collectivité. En raison du soutien que le Canada lui apporte, le Programme alimentaire mondial considère notre pays comme un de ses partenaires les plus novateurs et les plus solides aux avant-postes de la lutte contre la faim.
Quand il a pris le pouvoir en 2006, notre gouvernement a hérité du gouvernement précédent d'un déficit quant à l'engagement pris par le Canada aux termes de la Convention relative à l'aide alimentaire. Non seulement nous avons comblé ce déficit, mais nous avons aussi respecté l'engagement susmentionné chaque année depuis notre arrivée au pouvoir - et nous avons même dépassé nos objectifs. Nous avons en outre accru notre engagement de base à 230 millions de dollars par année, soit une augmentation annuelle de 50 millions de dollars.
En raison du leadership de son gouvernement, le Canada s'est vu offrir la vice-présidence du Comité de l'aide alimentaire institué par la Convention relative à l'aide alimentaire, et il en assumera la présidence l'an prochain. En sa qualité de vice-président, le Canada a pu faire ajouter les micronutriments à la liste des produits d'aide alimentaire visés par la Convention. Cela est important, car nous savons qu'un bon état de santé ne dépend pas seulement de l'accès à une nourriture suffisante, mais aussi de la qualité de la nourriture. Aujourd'hui, la malnutrition entraîne la maladie, la cécité, des troubles mentaux et la mort parmi les populations les plus vulnérables de la planète. En 2008, le Consensus de Copenhague a conclu que le meilleur moyen d'optimiser l'aide à l'échelle mondiale consistait à investir dans les micronutriments.
Par exemple, en fournissant des capsules de vitamine A, le Canada a sauvé la vie de plus de deux millions d'enfants. Aux termes de sa stratégie sur la sécurité alimentaire, l'ACDI élargira sa programmation en matière de micronutriments; elle fera aussi la promotion des suppléments tels que la vitamine A et l'enrichissement alimentaire par des procédés tels que l'iodation du sel, dans le cadre de ses programmes de sécurité alimentaire partout dans le monde.
Le Canada a été le premier pays à fournir un financement durable au PAM, pour ses programmes d'alimentation scolaire. L'ACDI continuera de soutenir ces programmes, de manière que les enfants aient un repas nutritif chaque jour. En mettant ainsi l'accent sur la nutrition, en particulier celle des enfants, le gouvernement fournira plus de 250 millions de dollars à ce titre en trois ans, y compris l'année en cours.
Vers les années 1950, Roberto Goizueta a écrit : « Le truc, ce n'est pas de compter des haricots, c'est d'en faire pousser plus ». [Traduction] C'est là une vérité qui orientera le deuxième axe de notre stratégie en matière de sécurité alimentaire.
L'agriculture est essentielle à l'existence; c'est un pilier de la prospérité économique, de la santé humaine et du bien-être social dans les pays en développement. La crise alimentaire d'aujourd'hui s'explique dans une large mesure par le recul des investissements mondiaux dans l'agriculture des pays en développement, le pourcentage de l'aide totale consacré à l'agriculture étant passé de 17 % à 3 % en trois décennies. En fait, la FAO a annoncé hier que le fléau de la faim s'accentue dans le monde et que l'aide internationale accordée à l'agriculture continue de diminuer. Selon la Banque mondiale, la production alimentaire mondiale doit croître de 70 % d'ici 2050 pour pouvoir répondre à la demande grandissante. Nous devons aider les pays en développement à subvenir davantage eux-mêmes aux besoins alimentaires de leur
population.
Selon le Rapport de 2008 sur le développement dans le monde, la croissance liée à l'agriculture contribue quatre fois plus efficacement à faire reculer la pauvreté que la croissance dans d'autres secteurs. Dans les pays les plus démunis, 80 % des pauvres dépendent d'une façon ou d'une autre de l'agriculture pour vivre. Par conséquent, l'ACDI entend stimuler davantage le développement agricole pour procurer à ces pays une sécurité alimentaire durable, tout en contribuant à leur croissance économique.
En juillet de cette année, le premier ministre Harper a annoncé que le Canada allait consacrer 600 millions de dollars de plus au développement agricole en trois ans. Cela comprend les 75 millions que notre pays versera au Fonds international de développement agricole (FIDA) en trois ans, ce qui fera de lui le quatrième donateur du Fonds en importance à l'échelle mondiale. Le FIDA aide plus de 340 millions de petits exploitants agricoles à améliorer leurs pratiques commerciales, à remettre leurs terres en état, à accéder au crédit et à développer leurs marchés.
L'ACDI collaborera de près avec les gouvernements des pays en développement, les institutions régionales et d'autres intervenants pour renforcer les stratégies en matière de productivité agricole. Elle encouragera les pays à planifier leur avenir, elle soutiendra leurs stratégies agricoles à l'échelle régionale et nationale, et elle les aidera à accéder à la technologie et au savoir-faire voulus pour améliorer leurs méthodes de production d'aliments et en faire des atouts stratégiques et durables. Pour cela, il faut étudier la chaîne de valeur et repérer les projets qui peuvent vraiment changer les choses pour le mieux dans les sociétés agricoles.
Par exemple, en Afghanistan, nous remettons en état le barrage Dahla et son réseau de canaux et d'irrigation, ce qui crée des emplois et augmente la productivité d'une région fertile du pays. Cela pourrait également être la construction d'installations de traitement ou d'entrepôts frigorifiques, le transfert de technologies appropriées ou une meilleure commercialisation des produits. Pour être efficaces, nous devrons resserrer la coopération entre les gouvernements, les donateurs et les organisations non gouvernementales, de manière que toutes nos actions, plus cohérentes, permettent d'accomplir d'importants progrès durables à long terme.
L'ACDI est déterminée à obtenir des résultats tangibles en adoptant cette approche et en doublant les sommes consacrées actuellement à l'agriculture pour qu'elles atteignent 1,2 milliard de dollars sur trois ans. Toutefois, même dans les meilleures conditions, le développement agricole est rarement facile. Le coût des facteurs de production agricole est élevé, le bétail contracte des maladies, la production agricole doit être accrue et le climat nous met constamment à l'épreuve.
Par conséquent, les populations des pays en développement doivent constamment trouver de nouvelles solutions pour atteindre et maintenir une sécurité alimentaire. Cependant, au cours des 30 dernières années, au fur et à mesure que les investissements en recherche agricole ont diminué dans les pays en développement, la croissance de la productivité agricole et la sécurité alimentaire mondiale ont aussi diminué.
Or, le Canada est riche d'une forte tradition de recherche et d'innovation dans le domaine de l'agriculture. En fait, le Canada est un des membres fondateurs du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale, ou GCRAI, ainsi que l'un de ses principaux donateurs. Le GCRAI est une organisation de recherche agricole de premier plan. La Banque mondiale estime que pour chaque dollar qu'investit le GCRAI en recherche, on produit un montant supplémentaire de nourriture d'une valeur de plus de neuf dollars dans les pays en développement.
Dans le cadre de l'engagement pris par le Canada au G8 sur le plan de l'agriculture, nous contribuerons à deux programmes spéciaux du GCRAI. Le premier, HarvestPlus, porte principalement sur la biofortification en vue d'accroître les micronutriments dans les aliments de base. Le deuxième programme étudie de nouvelles façons d'aider les communautés rurales vulnérables à s'adapter aux effets des changements climatiques.
Et pour appuyer l'investissement du Canada dans le GCRAI, j'ai le plaisir de vous annoncer aujourd'hui la création du Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale, mis sur pied en partenariat avec le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), en vue de soutenir la recherche appliquée effectuée en collaboration avec les pays en développement. Ce Fonds voit le jour grâce à une contribution de 50 millions de dollars de l'ACDI et de 11,7 millions du CRDI. (Applaudissements.) Il permettra de financer la recherche appliquée visant à trouver des solutions concrètes aux obstacles auxquels sont confrontés les pays en développement sur le terrain.
L'expertise et le savoir du Canada au chapitre de l'exploitation agricole en zone aride, de la réhabilitation des terres, de la réduction des pertes après la récolte et des vaccins pour les animaux seront tout particulièrement utiles dans les pays en développement. Les futures activités de recherche pourraient porter sur la résistance des récoltes, l'accroissement de leur valeur nutritive et la découverte de méthodes pour éliminer les maladies qui touchent les plantes et les animaux. À l'aide de ce Fonds, nous voulons obtenir des résultats tangibles auxquels les petits exploitants agricoles peuvent aussi arriver, surtout en Afrique et en Asie, où la majorité des petits exploitants sont des femmes. Des résultats qui se prêteront à la commercialisation et dont profiteront directement les populations qui souffrent d'insécurité alimentaire.
En plus des 33 projets de recherche agricole déjà financés par l'ACDI, nous effectuons ces nouveaux investissements stratégiques en recherche et développement dans l'espoir de réaliser des progrès mesurables vers l'atteinte d'une plus grande sécurité alimentaire pour des millions de personnes. Je peux vous dire qu'au cours des trois prochaines années, y compris cette année, dans le cadre de la priorité thématique de l'ACDI sur la sécurité alimentaire, au moins 690 millions de dollars seront versés en aide alimentaire, plus de 250 millions de dollars seront décaissés en faveur de la nutrition, plus de 875 millions de dollars seront octroyés au domaine de l'agriculture et plus de 130 millions de dollars seront affectés pour la recherche.
Toutefois, afin d'obtenir des résultats concrets en matière de sécurité alimentaire, les efforts déployés doivent être bien ciblés, efficaces et responsables. Et l'ACDI poursuivra son plan d'action sur l'efficacité de l'aide en appuyant des projets et des programmes qui sont viables, qui renforcent la capacité locale et qui sont élaborés par l'entremise de consultations auprès des administrations locales et des collectivités; des projets et des programmes qui s'harmonisent le cas échéant avec leurs plans agricoles et leur plan de réduction de la pauvreté, qui présentent clairement les résultats escomptés et qui visent l'obtention de résultats concrets, quantifiables et qualifiables, dont les Canadiens pourront être informés. L'ACDI fera état de l'aide alimentaire versée dans son rapport annuel intitulé
Le
développement axé sur les résultats.
Nous avons longuement réfléchi à nos activités sur la sécurité alimentaire. Nous avons consulté des experts au Canada et à l'étranger. Nos pays et nos organisations partenaires nous ont conseillés sur l'approche la plus efficace qu'ils peuvent adopter pour prendre une plus grande responsabilité en vue de vraiment changer les choses. Étant donné qu'un sixième de la population mondiale souffre d'insécurité alimentaire, nous devons agir de manière stratégique et ciblée pour relever ce défi. Aujourd'hui, malgré les efforts déployés à l'échelle mondiale et malgré les milliards de dollars dépensés, les plus démunis de la planète souffrent toujours de la faim et connaissent la famine. C'est pourquoi nous devons mobiliser nos plus grands efforts pour atteindre la sécurité alimentaire.
À l'occasion de l'Action de grâce et de la Journée mondiale de l'alimentation, il convient de renouveler notre engagement à l'égard des plus démunis afin qu'ils puissent un jour consommer des repas nutritifs, profiter au maximum de leur éducation ou travailler pour gagner un revenu et subvenir aux besoins de leur famille. Grâce à un effort concerté, je sais que le Canada peut changer les choses.
Et je crois sincèrement qu'en travaillant ensemble, en nous engageant, nous pouvons nous attaquer au fléau de la faim et des pénuries alimentaires. Avec votre soutien, nous ferons des progrès.
Merci de votre attention.