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Notes d'allocution du ministre Fantino au Economic Club of Canada « Réduire la pauvreté - Bâtir les marchés de demain »

Le 23 novembre 2012, Toronto (Ontario)

Bonjour.

Il y a maintenant quelques mois, le premier ministre Harper m'a demandé de devenir ministre de la Coopération internationale, et ce travail me plaît énormément.

Il s'agit d'un immense honneur et d'un privilège.

Comme vous pouvez l'imaginer, j'ai été fort occupé et aussi fasciné d'observer de première main le travail lié au développement international, au fil des interventions continues du Canada face à des crises dans le monde entier.

Certes, je ne suis pas ici depuis longtemps, mais il est clair pour moi que le Canada inspire le respect sur la scène internationale pour le travail qu'accomplit l'Agence canadienne de développement international.

Vous savez peut-être que je travaillais auparavant dans le domaine de l'application de la loi et que j'ai passé ces dernières années comme cadre dans divers services de police.

Cependant, en qualité de commissaire de l'Ontario à la gestion des situations d'urgence et, plus récemment, de ministre associé de la Défense nationale, j'ai eu l'occasion de constater de mes propres yeux le travail de l'ACDI.

De passage en Afghanistan comme ministre associé de la Défense, j'ai vu de jeunes Afghanes en route vers l'école avec leur sac à dos.

Cette scène m'a rappelé mes propres petits-enfants. J'étais impressionné alors, et je le suis encore aujourd'hui, sachant que ces jeunes filles allaient à l'école grâce à l'aide fournie par le Canada.

Je dois dire que je suis étonné par l'ampleur des connaissances et de l'expérience que l'on trouve à l'ACDI, et son vaste réseau de partenaires compétents, de même que par les résultats que nous obtenons sur le terrain au chapitre du développement.

Il est vrai que l'ACDI contribue à sauver des vies, à autonomiser les gens et à renforcer les collectivités, tout en faisant valoir les valeurs canadiennes que sont la compassion et la générosité.

Durant ma période de transition, j'ai été stupéfié par les résultats que nous pouvons obtenir lorsque la communauté internationale — y compris les pays en développement, les donateurs et, surtout, les gens eux-mêmes — unit ses forces en vue d'atteindre un objectif commun.

Malgré la crise économique mondiale, nous sommes tous en voie de réduire de moitié d'ici 2015 le nombre de personnes qui disposent de moins d'un dollar par jour pour vivre.

J'ai été directement témoin du profond sentiment de reconnaissance envers le Canada et les Canadiens que les gens ressentent lorsqu'ils aperçoivent l'unifolié flottant au-dessus d'un projet de l'ACDI.

Nous devrions être fiers de cette gratitude.

Nous ne devrions pas fuir les possibilités à long terme que cette reconnaissance peut engendrer.

Comme l'a déclaré le premier ministre, le Canada est un voisin compatissant.

Notre travail à l'ACDI illustre le meilleur des valeurs canadiennes.

Mais notre travail au chapitre du développement ne se limite pas aux valeurs que nous prônons chaque jour aux quatre coins de la planète.

À l'ACDI, nous sommes conscients de la situation économique mondiale et des incidences qu'elle a sur les Canadiens.

Nous comprenons l'instabilité qui existe partout dans le monde et la façon dont elle nous touche.

C'est pourquoi l'ACDI est résolue à renforcer la sécurité et la prospérité à long terme du Canada.

Je veux profiter de ma présence ici aujourd'hui pour vous parler des objectifs du Canada en matière de développement international.

Je veux aussi vous parler de ce que nous pouvons faire collectivement, y compris le secteur privé, pour faciliter l'atteinte de ces objectifs et en profiter de façon significative.

Un contexte mondial en pleine évolution

Aujourd'hui, la ligne qui sépare les questions nationales des questions mondiales n'a plus sa raison d'être.

Nous ne pouvons plus nous séparer des événements qui se produisent partout dans le monde.

Ce qui se passe à l'étranger finit par avoir des répercussions à l'échelle locale, et non pas seulement à la télévision ou sur Internet, mais dans nos collectivités et dans nos foyers.

Lorsque l'économie américaine ou européenne se porte mal, nos comptes bancaires s'en ressentent.

Lorsqu'il y a de l'agitation politique au Moyen-Orient, c'est à la pompe à essence que nous en payons le prix.

Quand il y a un gel inhabituel du sol au Brésil, notre café nous coûte plus cher à l'épicerie.

Lorsque le produit intérieur brut (PIB) de la Chine est plus bas que prévu, les marchés financiers mondiaux en subissent immédiatement les contrecoups.

Ces jours-ci, le Canada serait heureux que son PIB affiche une croissance de 3 %.

Mais quand le PIB de la Chine passe sous la barre des 8 %, le monde s'inquiète instantanément!

Voilà la réalité avec laquelle nous devons composer.

Un monde interdépendant où les événements ont, en temps réel, un effet domino.

Le visage de la pauvreté change sous nos yeux.

D'incroyables transformations s'opèrent sur les plans économique, technologique et démographique.

De nombreux pays en développement connaissent des taux de croissance plus élevés que les pays développés.

Les échanges commerciaux entre les pays en développement sont sur le point de dépasser le volume des échanges qu'ils réalisent avec les pays développés.

Les taux de pénétration des téléphones cellulaires dans les pays en développement s'approchent de ceux qu'affichent les pays développés.

Les pays en développement investissent de plus en plus dans notre économie.

Parallèlement, les prix des marchandises rendent les produits alimentaires de base moins abordables ou bien des gens parmi les plus pauvres, quel que soit l'endroit où ils habitent.

Pauvreté - Mettre en contexte le défi à relever

L'an dernier, la population mondiale a atteint sept milliards d'habitants.

De ce nombre, environ 1,2 milliard de personnes sont âgées de 10 à 25 ans - et près de 90 % d'entre eux vivent dans les pays en développement.

À lui seul, ce changement démographique représente à la fois une occasion et un défi.

Les jeunes dans les pays en développement constituent une ressource extraordinaire.

Ils peuvent apporter énormément à la collectivité, à la société et à l'économie.

Mais lorsque leurs attentes en matière d'éducation et d'emploi ne sont pas comblées, l'occasion peut vite se transformer en désespoir.

Nous avons observé cette situation dans des pays comme le Mali, où les personnes qui veulent déstabiliser le monde et nos habitudes de vie cherchent souvent à exploiter ce désespoir.

Même lorsque l'on constate une croissance macroéconomique impressionnante dans les pays en développement, il faut être conscient des disparités qui existent et des risques qu'elles posent.

Les avantages de la croissance n'atteignent pas toujours les personnes qui en ont le plus besoin.

Pour assurer la viabilité à long terme, l'accès aux possibilités, par exemple grâce à l'éducation de base, doit profiter aux plus pauvres et aux plus vulnérables.

L'importance du développement

Nous vivons dans un nouveau monde du développement.

Il y a 40 ans, l'aide au développement du Canada était vitale pour les populations les plus pauvres dans les pays en développement - et c'est encore vrai de nos jours.

Cependant, aujourd'hui, le programme de développement du gouvernement du Canada n'occupe plus une aussi grande place dans l'aide qui est acheminée aux pays en développement.

L'an dernier, le gouvernement du Canada a affecté cinq milliards de dollars à l'aide au développement.

L'investissement direct étranger est aujourd'hui cinq fois plus élevé que l'aide au développement.

En 2010, les dons privés du Canada aux pays en développement se chiffraient à environ deux milliards de dollars, et les transferts de fonds en provenance du Canada étaient évalués à plus de 15 milliards de dollars — soit trois fois plus que le budget du programme de développement de l'ACDI.

Ces chiffres ne tiennent même pas compte des milliards de dollars investis directement par le secteur privé canadien, investissements qui continuent de croître.

Bref, l'ACDI, organe officiel de l'aide au développement du Canada, évolue dans un contexte mondial bien différent.

Mais permettez-moi de vous dire pourquoi le développement compte toujours et où il se situe dans le continuum entre la pauvreté et la prospérité.

La plupart des Canadiens savent bien que nous offrons une aide humanitaire lors de catastrophes ou de crises.

Nous nous souvenons tous du séisme de 2010 en Haïti, de la famine en Afrique de l'Est et de la crise alimentaire qui perdure dans la région du Sahel en Afrique de l'Ouest.

C'est lors de tels événements que l'ACDI fournit des services vitaux aux personnes dans le besoin.

Nous travaillons rapidement et efficacement avec les meilleurs partenaires du domaine pour fournir des produits de première nécessité, comme la nourriture, le logement et l'eau potable.

Mais nous faisons bien plus encore.

Tous ne savent pas que l'essentiel de notre travail est axé sur l'aide au développement à long terme.

Il s'agit de la partie la moins apparente, mais tout aussi importante, du travail qui consiste à faire grandir et à renforcer les individus, les familles, les collectivités et les pays afin qu'ils soient plus résilients et autonomes à long terme.

Nous faisons cela en collaborant directement avec les pays en développement pour les aider à fournir des services de base, comme la santé et l'éducation, à leurs citoyens.

Pour les aider à améliorer leurs secteurs agricoles afin qu'ils puissent se nourrir et aussi nourrir leurs familles.

Pour les aider à assurer un avenir meilleur à leurs enfants et aux jeunes, par exemple de meilleurs soins de santé et un meilleur accès à une éducation de qualité.

Pour faciliter la mise en place des conditions favorables à la croissance économique durable afin d'aider les gens à se sortir de la pauvreté une fois pour toutes.

Et pour aider à renforcer les institutions, les lois et les règlements qui régissent leur économie, afin que ces pays puissent devenir des partenaires commerciaux plus désirables et stables et offrir un endroit où les investisseurs veulent injecter leur argent.

Le travail de développement profite aussi aux Canadiens.

Il assure la sécurité du Canada en remédiant aux sources d'instabilité et en prévenant les menaces avant qu'elles n'atteignent nos frontières - notre travail dans les États fragiles comme l'Afghanistan en est un bon exemple.

Nous sommes tous conscients du sacrifice que nos soldats ont accompli pour protéger le pays et, ce faisant, pour rendre le monde un peu plus sécuritaire.

L'ACDI participe également au travail des Forces canadiennes.

Dans le sud de l'Afghanistan, en collaboration avec un partenaire de mise en œuvre du secteur privé canadien, l'ACDI a récemment tenu sa promesse de remettre en état le barrage Dahla.

Cela peut sembler être une initiative altruiste, mais établissons les faits.

Faute de pouvoir accéder à l'irrigation, les agriculteurs de la région ne pouvaient cultiver que le pavot, source de l'opium.

Ces agriculteurs étaient la proie des membres d'Al Quaida, qui vendaient l'opium pour financer le terrorisme mondial.

Aujourd'hui, je suis fier d'affirmer que, grâce aux investissements et au capital humain du Canada, l'eau circule dans les canalisations de la province de Kandahar.

Bon nombre de ces agriculteurs obtiennent maintenant leurs premières récoltes de grenades et de safran - une culture qui « vaut son pesant d'or ».

L'aspect le plus important qui ressort de cette initiative est que les agriculteurs et leur famille ont maintenant des choix.

Ils peuvent rejeter l'idéologie extrémiste et subvenir aux besoins de leur famille.

Au-delà de l'impératif de la sécurité, il y a un impératif économique qui caractérise notre travail de développement.

L'importance de la croissance économique pour le développement

Vous serez peut-être surpris d'apprendre que les marchés d'exportation et d'investissement que vous convoitez, comme le Brésil, la Thaïlande, le Costa Rica et la Corée du Sud, étaient tous, jusqu'à récemment, des partenaires de développement de l'ACDI.

Lorsque nous aidons d'autres pays à stimuler leur économie, nous établissons des liens entre les entreprises canadiennes et de certains des marchés connaissant la croissance la plus rapide du monde.

C'est ce qui m'amène à vous parler de la Stratégie de l'ACDI sur la croissance économique et des débouchés qui s'offrent aux entreprises canadiennes présentes sur les marchés étrangers.

Le gouvernement du Canada a des outils pour aider les entreprises commerciales à l'étranger.

Cependant, à l'opposé de mes collègues les ministres Baird et Fast à Affaires étrangères et Commerce international Canada, qui cherchent à réduire les droits de douane, à établir des normes commerciales communes ainsi qu'à négocier et à signer des accords commerciaux, l'ACDI préconise la croissance économique plus en amont. Nous aidons les pays et les gens à se préparer au commerce et à l'investissement.

L'ACDI peut contribuer à renforcer la capacité de négocier avec d'autres pays, de mettre en œuvre des accords commerciaux internationaux avec le Canada et d'autres partenaires, et aider les entreprises à profiter de ces accords. Et nous le ferons de plus en plus à l'avenir.

Toutefois, le travail de l'ACDI dans ce domaine consiste principalement à aider les pays en développement à créer les conditions propices pour mettre des capitaux à la disposition des entreprises et investir dans l'emploi, pour établir des liens entre les entreprises et les marchés ainsi que pour stimuler l'investissement, l'innovation, la formation et le commerce.

Notre stratégie sur la croissance économique vise trois objectifs : établir des assises économiques, investir dans le capital humain et développer les entreprises.

Établir des assises économiques

Dans un premier temps, l'ACDI aide les gouvernements des pays en développement à établir les cadres législatifs et réglementaires nécessaires pour permettre au secteur privé de jouer un rôle moteur dans la croissance de l'économie.

Par exemple, notre travail au Pérou constitue l'une de nos meilleures réalisations sur le plan du renforcement des capacités en matière de réglementation.

Le Pérou, septième économie en importance de l'Amérique latine, compte 30 millions d'habitants. C'est le marché ayant connu la croissance la plus rapide au cours des cinq dernières années. En 2010, il a enregistré un taux de croissance de 8 %.

Les entreprises canadiennes ont donc saisi l'occasion qui s'est présentée. En 2011, l'investissement direct étranger, principalement dans le secteur des industries extractives, atteignait 7,6 milliards de dollars.

Notre gouvernement a pris conscience de cette relation importante et il a agi.

En 2009, le Canada a conclu un accord de libre-échange avec le Pérou.

S'appuyant sur cette réussite, l'ACDI a concentré ses activités dans les domaines qui profitent aux intérêts canadiens.

La croissance enregistrée au Pérou a stimulé la demande relative aux ressources énergétiques, y compris dans le secteur du pétrole et du gaz, lequel s'est développé au cours des dernières années après la découverte d'importantes réserves.

Fort de son expertise mondiale dans le secteur des ressources naturelles, le Canada, par l'intermédiaire de l'ACDI, a aidé le Pérou à mettre en œuvre un nouveau cadre réglementaire pour le secteur du gaz naturel, en fonction de normes de l'industrie reconnues.

De plus, nous avons collaboré avec le gouvernement péruvien et le secteur privé pour renforcer les capacités des organismes de réglementation pertinents.

C'est ainsi que nous avons créé des débouchés pour de nouvelles entreprises canadiennes et renforcé la stabilité du climat d'affaires pour celles qui étaient déjà actives dans le secteur.

Comme vous le savez : l'équité, la transparence et la prévisibilité de la réglementation peuvent permettre à l'entreprise privée de jouer un rôle moteur dans la croissance de cet important secteur.

Mais les investissements en capitaux à grande échelle qu'il faut réaliser pour stimuler la croissance, l'emploi et les retombées économiques peuvent être dilapidés en raison de politiques imprudentes et manquant de vision qui créent un risque politique pour le secteur privé.

On constate aujourd'hui les effets de cette situation dans certains pays des Amériques, où les gouvernements ont commencé à nationaliser les industries extractives sans compensation, dont des sociétés canadiennes.

Le Canada continuera de dissuader les gouvernements partenaires des pays en développement de recourir à de telles politiques à courte vue.

Développement des entreprises

La deuxième partie de notre stratégie de croissance économique est axée sur le développement des entreprises.

La majeure partie de la croissance économique des pays en développement repose sur les petites et moyennes entreprises.

Trop souvent, ces entreprises conçoivent des idées géniales pour un produit, mais elles assistent, impuissantes, à l'échec de leur tentative visant à les transformer en réussite commerciale, faute d'outils.

C'est pourquoi l'ACDI cible ces entreprises et contribue à améliorer leur viabilité financière, leur productivité et leur compétitivité.

Nous travaillons aussi pour que les femmes aient accès à nos programmes de formation en éducation et à nos programmes axés sur la demande.

En effet, les femmes sont souvent exclues de l'économie officielle des pays en développement.

Quand elles bénéficient d'un meilleur accès au crédit, les femmes sont plus susceptibles d'ouvrir des comptes bancaires, de signer des contrats et de constituer leurs entreprises en personnes morales.

Si elles ont accès à la même assistance technique et aux mêmes ressources que les hommes, les femmes peuvent jouer un rôle, tant à l'égard de la croissance économique que du développement humain à long terme, et ce, pour le bien de leurs familles et de leurs collectivités.

À l'échelle mondiale, les femmes possèdent maintenant environ le tiers de toutes les entreprises.

Les femmes entrepreneures comptent entre autres parmi leurs rangs madame Vu Thi Ha, qui est propriétaire d'une fabrique de pots de terre cuite située dans le nord du Vietnam.

Cette entrepreneure a voulu développer son entreprise et lui permettre de devenir plus concurrentielle en recourant à de nouvelles technologies.

Elle a toutefois dû suivre plusieurs étapes, comme l'établissement d'un plan d'affaires et d'un plan de commercialisation, en plus d'obtenir un prêt bancaire.

Afin de bien démarrer son entreprise, elle s'est donc inscrite à une formation en développement des affaires offerte par sa province vietnamienne en partenariat avec l'ACDI.

Ce cours lui a donné l'impulsion nécessaire pour progresser et devenir plus concurrentielle dans son marché.

Vu Thi Ha n'est qu'une des nombreuses entrepreneures vietnamiennes qui ont connu du succès grâce au soutien de l'ACDI.

Entre 2007 et 2010, seulement au Vietnam, l'ACDI a aidé 1 200 petites et moyennes entreprises — dont 90 % appartenant à des femmes — à augmenter leurs profits.

Investir dans les gens

Cela m'amène à parler du volet de la stratégie de croissance économique de l'ACDI qui est probablement le plus important, soit le fait d'investir dans les gens.

Investir dans les gens consiste souvent à les aider à avoir un meilleur accès au crédit, à de l'assurance, à de la formation et à des services financiers.

Comme je l'ai déjà mentionné, l'investissement dans les gens est tout particulièrement essentiel pour les femmes, qui doivent souvent faire face à des obstacles sur les plans juridique, social et culturel qui les empêchent de profiter des possibilités économiques.

Laissez-moi vous donner un autre exemple.

Dans la région des Caraïbes, l'ACDI contribue à mettre en place 18 programmes nationaux de formation professionnelle et technique dans 12 pays, pour doter les citoyens des compétences nécessaires pour participer au marché du travail.

Bien que cette région ait du potentiel, elle ne connaît tout simplement aucune croissance.

Cette situation a des effets négatifs sur les perspectives économiques et sur le tissu social de la région.

Nous-mêmes ne sommes pas à l'abri de ces effets néfastes.

Par exemple, les banques canadiennes détiennent d'importantes créances publiques et privées dans les Caraïbes, et le trafic de drogue et la criminalité qui sévissent dans la région se répercutent souvent dans nos collectivités au Canada.

Les investissements du Canada dans cette région permettent d'offrir aux personnes les plus pauvres et les plus marginalisées la chance de contribuer pleinement à leur société.

Ces investissements, à leur tour, aident les pays des Caraïbes à mieux répondre aux besoins des entreprises canadiennes, à fournir au Canada certains biens et services et à accroître leur demande pour nos produits et nos services.

Ces échanges sont importants, puisque la région des Caraïbes est en train de devenir un marché plus propice pour les investissements, les biens et les services canadiens.

En attendant la réalisation de l'accord de libre-échange avec les Caraïbes, le volume des échanges entre notre pays et cette région est déjà considérable. En effet, il s'élève en moyenne à 2,3 milliards de dollars par année.

Et ce volume d'échanges s'ajoute aux investissements canadiens directs qui sont déjà considérables dans la région.

La prochaine étape

Dans une perspective d'avenir, il m'apparaît clair que nous devons faire fond sur nos réussites, telles que celles du Pérou, du Vietnam et des Caraïbes.

L'ACDI peut contribuer à l'établissement de conditions favorables pour améliorer le rôle des femmes, la primauté du droit et les cadres règlementaires.

Je crois que pour accroître la prospérité, il est essentiel d'élargir nos partenariats, de poursuivre notre quête d'innovation et de continuer à cibler nos efforts sur l'efficacité de l'aide.

Partenariats

Actuellement, l'ACDI collabore avec un large éventail d'acteurs, y compris les gouvernements des pays en développement, les partenaires donateurs, les organisations non gouvernementales (ONG), les institutions multilatérales et le secteur privé.

Et, bien que l'Agence ait de longs antécédents de travail avec des organisations du secteur privé, qui agissent à titre d'agents d'exécution, elle doit en fait collaborer davantage avec elles.

Le secteur privé est le principal facteur de la croissance économique à long terme à l'échelle mondiale. En effet, sans une présence accrue dans les pays en développement, nous ne pourrons pas atteindre les objectifs de développement à l'égard desquels l'ACDI s'est engagée.

Le secteur privé du Canada est notre plus important bassin de ressources humaines, techniques et financières.

Depuis plus de 40 ans, il participe aux programmes de développement du Canada à l'étranger en fournissant des biens et des services et en réalisant des projets.

Aujourd'hui, notre secteur privé mène encore plus de projets industriels et commerciaux dans les pays en développement.

Au fur et à mesure qu'elles ont diversifié leurs activités dans les pays en développement, les entreprises canadiennes ont également su faire preuve de responsabilité sociale.

En effet, elles investissent dans les collectivités dans lesquelles elles travaillent.

Elles agissent aussi de façon transparente et responsable avec les gouvernements locaux.

Mais surtout, leur présence dans ces pays les a aidées à obtenir de meilleurs résultats financiers.

Voilà pourquoi les investissements canadiens et l'aide canadienne au développement sont les bienvenus dans les pays en développement.

Bien que l'on ait connu certains revers, ces expériences se sont toutes révélées enrichissantes pour notre pays, dans le contexte de l'évolution vers une économie mondiale plus stable et plus intégrée.

Au fur et à mesure que les pays en développement grandiront et favoriseront les investissements étrangers, les entreprises canadiennes pourront faire part de leur savoir-faire et transmettre leurs pratiques commerciales d'une façon qui sera mutuellement avantageuse.

Le secteur canadien de l'industrie minière et extractive illustre très bien la façon dont une agence gouvernementale comme la nôtre peut établir des partenariats avec le secteur privé pour faire avancer les objectifs mondiaux en faveur du développement.

Il s'agit d'une formidable occasion, tant pour le Canada que pour les pays en développement.

Surtout si l'on tient compte du fait qu'environ le tiers de l'indice de la Bourse de Toronto se compose d'entreprises du secteur des ressources naturelles.

Les entreprises canadiennes du secteur de l'extraction sont responsables de presque la moitié des activités minières dans le monde, et d'environ 12 % des investissements directs du Canada à l'étranger.

Elles stimulent la croissance économique et fournissent des emplois de grande valeur à des milliers de travailleurs au Canada et partout dans le monde.

L'ACDI s'emploie à aider les secteurs minier, pétrolier et gazier du Canada à établir des partenariats de développement avec les gouvernements locaux et les ONG en faveur d'avantages mutuels.

Le fait est que nos entreprises ont un rôle clé à jouer pour réduire la pauvreté et aider les gens à tirer le maximum de la richesse que procurent leurs propres ressources.

J'aimerais vous donner quelques exemples qui démontrent comment l'ACDI s'y prend pour accroître les retombées économiques des activités locales d'exploitation minière en établissant des projets de développement communautaire à proximité des mines.

Au Burkina Faso, nous collaborons avec Plan Canada et IAMGOLD pour aider les jeunes à obtenir de la formation et à acquérir des compétences pour l'emploi qui répondent aux besoins du marché du travail dans divers secteurs, dont l'exploitation minière, la vente, le tourisme, la menuiserie et la mécanique.

Au Ghana, un projet mené par Entraide universitaire mondiale du Canada et Rio Tinto Alcan permettra d'améliorer l'éducation et l'accès à de l'eau potable pour plus de 130 000 résidents de 12 collectivités minières.

J'aimerais par ailleurs profiter de l'occasion pour clarifier certaines idées fausses au sujet de ces projets, qui ont été véhiculées par les médias et certaines organisations canadiennes…

Selon eux, l'ACDI subventionne les sociétés minières.

Cela est tout simplement faux.

L'ACDI ne subventionne pas des entreprises canadiennes.

Et l'ACDI ne subventionne pas les ONG.

Notre agence est axée sur les résultats.

Nous prenons tous les moyens légitimes possibles, y compris la collaboration avec le secteur privé, pour parvenir aux objectifs que nous nous sommes fixés.

Le fait est que les pays en développement se servent de plus en plus de leurs ressources naturelles pour stimuler l'économie et ainsi créer des emplois et générer des revenus dont les gouvernements ont besoin pour offrir des services.

En 2008 seulement, les exportations de pétrole et de minéraux de l'Afrique, de l'Asie, de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud ont atteint environ un billion de dollars. Cette somme est neuf fois supérieure à l'aide internationale au développement qui a été accordée à ces régions.

Et les tendances démontrent que cela ira en augmentant.

C'est pourquoi il est important que les retombées des industries extractives profitent à toutes les parties prenantes.

Et c'est pourquoi l'ACDI continuera de tendre la main à ce secteur.

L'an dernier, lors de la réunion du Commonwealth en Australie, le premier ministre Harper a annoncé que l'ACDI dirige la création d'un institut international pour les industries extractives et le développement dont le mandat sera d'aider les pays en développement à exploiter leurs ressources de manière à générer une croissance économique durable et à réduire la pauvreté.

Nous avons demandé aux universités canadiennes de soumettre des propositions expliquant les moyens qu'elles prendraient pour établir et exploiter le nouvel institut.

Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'annoncer que l'Université de la Colombie-Britannique, en partenariat avec l'Université Simon-Fraser, accueillera le nouvel Institut canadien international pour les industries extractives et le développement.

Je suis heureux de voir que des représentants de ces établissements sont ici présents.

Nous nous tardons de collaborer avec eux et avec le secteur privé canadien pour entamer ces importants travaux.

Le nouvel institut misera sur le leadership canadien dans le secteur minier, pétrolier et gazier pour accroître la capacité des pays en développement de gérer leurs ressources naturelles d'une manière qui soit durable et qui favorise la croissance économique.

Innovation

Au-delà du secteur extractif, nous continuerons de trouver de nouvelles façons de faire plus efficaces.

En travaillant avec nos partenaires et en utilisant les connaissances générées dans différents secteurs canadiens, tels que les sciences de la santé, nous pourrons déterminer si nos interventions dans le domaine du développement ont fonctionné et, si c'est le cas, dégager les facteurs de réussite.

L'ACDI soutient l'innovation dans le cadre de ses partenariats de recherche, dans lesquels elle collabore avec des organisations qui étudient des méthodes novatrices, puis elle met ces idées à l'essai et les reproduit à grande échelle afin de relever les défis du développement.

Je suis ravi de nos nouveaux partenariats, par exemple celui que nous avons établi avec la Fondation Gates afin de réaliser notre but commun d'éradiquer la poliomyélite.

La communauté internationale œuvrant dans le développement commence d'ailleurs à adopter un certain nombre de nouvelles méthodes de financement, telles que le paiement à l'obtention de résultats et les fonds concurrentiels.

On croit qu'il serait plus facile de relever certains défis du développement au moyen de ces nouvelles méthodes et que celles-ci sont plus susceptibles d'attirer des partenaires qui sont portés vers les résultats, la transparence et l'innovation.

Par exemple, la fondation Grands Défis Canada a réalisé récemment la quatrième ronde de son défi « Étoiles en santé mondiale », qui permet aux innovateurs du Canada et des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure de déployer leurs idées audacieuses et de générer de grandes retombées afin d'améliorer l'état de santé mondial.

La fondation a réussi à attirer des soumissions faisant état de compétences dans le domaine scientifique, technologique, social ou commercial. Les subventions initiales sont d'une valeur de 100 000 $, auxquelles peut s'ajouter un financement supplémentaire allant jusqu'à 100 000 $.

Cette initiative illustre bien ce que le secteur privé peut apporter : des solutions spécialisées aux problèmes de développement.

Ajoutons à cela que les entreprises sont plus susceptibles de vouloir appuyer des solutions qui comportent un risque élevé.

Pour ce faire, elles ont simplement besoin des bons instruments.

C'est pourquoi l'industrie du développement doit voir d'un bon œil les instruments qui stimulent la croissance menée par le secteur privé, soit les prêts, les garanties de prêts, les obligations et les investissements dans le capital­actions.

Je suis d'ailleurs heureux de constater que, à l'échelle mondiale, le secteur social adopte certains des principes et des instruments du secteur privé, comme les obligations sociales.

Voilà certaines initiatives que nous regardons de très près, ici à l'ACDI, car elles pourraient nous permettre de générer de plus grandes retombées à l'aide de nos ressources.

Je peux également affirmer que le développement peut dynamiser l'innovation et l'industrie de temps à autre.

Après le séisme en Haïti, à titre d'exemple, seulement deux guichets bancaires fonctionnaient encore dans tout le pays.

Les files d'attente étaient donc très longues, mais, en attendant, les travailleurs du développement et les autres étaient tous occupés à parler au cellulaire.

Quelqu'un a alors eu l'idée de transférer l'argent au moyen des cellulaires. Une somme de 10 millions de dollars a par la suite permis de mettre en place un système efficace de transactions bancaires par cellulaire qui a tôt fait d'aider les gens à payer leurs achats.

Aujourd'hui, on dit qu'il s'agit d'une technologie d'avenir pour tous les consommateurs du monde entier.

Jusqu'à maintenant, le développement international m'apparaît comme un processus mondial qui permet de sortir les gens de la pauvreté et de les amener vers la prospérité.

Le processus n'est pas simple; il est plutôt complexe.

Et il n'est pas facile; il est extrêmement difficile.

Mais il peut permettre, et c'est le cas, de changer les choses.

En tant que chefs d'entreprises canadiens, vous pouvez et devriez collaborer avec l'ACDI pour créer un monde plus prospère et plus sécuritaire tout en incarnant les valeurs canadiennes qui nous sont chères.

Nous pourrons ainsi atteindre notre objectif d'éradiquer la pauvreté.

Et nous pourrons par le fait même générer des occasions d'affaires pour le Canada en vue de l'avenir.

Merci.

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