Gouvernement du Canada

Agence canadienne de développement international

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Contribution des enfants au travail de la terre et à sa préservation : Les liens entre l'agriculture et les droits de l'enfant



Sommaire exécutif


Les trois quarts des pauvres du monde vivent dans des régions rurales et la plupart d'entre eux dépendent du secteur agricole comme moyen de subsistance. Les enfants forment plus de la moitié de la population dans plusieurs pays, et ils jouent une multitude de rôles dans les secteurs agricoles ruraux et urbains. Beaucoup d'enfants participent activement à l'agriculture afin de contribuer au niveau de revenu de leur famille ou à la production globale. Il y des considérations importantes liées aux droits des enfants lors de la programmation agricole en termes de santé infantile, questions environnementales, et protection des enfants.

Cette publication donne un aperçu de la relation qui existe entre les droits de l'enfant et la programmation agricole dans le domaine du développement international. Elle s'inspire des documents stratégiques de l'ACDI en matière de politiques notamment le Plan d'action de l'ACDI sur la protection des enfants (2001) et L'agriculture au service du développement rural durable (2003). La contribution des enfants au travail de la terre et à sa préservation, sert d'appui aux agents de programmes de l'ACDI et à ses organisations partenaires durant la planification, la mise en oeuvre, le suivi et l'évaluation des initiatives agricoles. Une liste de questions guides est incluse ce qui aidera à assurer que les droits des enfants soient considérés pendant tout le cycle du projet. Le défi du dialogue des politiques dans de nouvelles approches de programmation est également mentionné. De plus, la section « Bonnes pratiques » souligne des initiatives de programmation exemplaires au sein de l'ACDI, ses partenaires et d'autres agences de développement.


Enfants et agriculture : les faits


Les trois quarts des pauvres du monde entier vivent dans des zones rurales et la plupart d'entre eux doivent gagner leur vie dans le secteur agricole. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) estime que, dans le monde entier, 800 millions de personnes pratiquent l'agriculture urbaine, et on attend d'elles le tiers de la production vivrière mondiale1. On présume souvent que les enfants2 bénéficient des programmes agricoles, mais il est rarement question d'eux dans les programmes ou projets visant l'agriculture. Pourtant, les enfants représentent plus de la moitié de la population dans de nombreux pays, et ils assument une multitude de rôles dans l'agriculture rurale et urbaine. Quand on s'interroge sur la place des enfants en agriculture, les questions à étudier sont légion.

Des quelque 250 millions d'enfants qui travaillent dans le monde, la vaste majorité - peut-être même de 70 à 80 %, ou près de 170 millions d'enfants - travaillent en agriculture. Plusieurs d'entre eux participent aux travaux agricoles pour accroître les revenus de la famille ou la productivité générale. Les activités agricoles domestiques représentent la majeure partie du travail non rémunéré des enfants en Afrique, en Asie et en Amérique latine3, et les enfants accompagnent également leur famille dans les migrations, à la recherche d'emplois saisonniers en agriculture. L'Agence canadienne de développement international (ACDI) est déterminée à prévenir l'exploitation des enfants, non à mettre fin à toute forme de travail des enfants. Il importe de faire la distinction entre les enfants qui travaillent dans des situations dangereuses et les enfants qui accomplissent un travail qui ne leur est pas nuisible. Ce travail non préjudiciable se fait souvent à mi-temps et n'empêche pas les enfants d'étudier. Il peut être bénéfique pour les enfants qui en retirent un revenu, la fierté d'avoir réalisé quelque chose et des compétences professionnelles et sociales dont ils se serviront dans leur vie d'adulte.

Il est essentiel de se demander comment il est possible de rendre le travail sûr et gratifiant pour les enfants. Certaines pratiques agricoles, préjudiciables pour la santé, peuvent entraîner des invalidités pour les enfants, par exemple les maladies occasionnées par l'exposition à des produits chimiques dangereux et les blessures dues à des charges trop lourdes et à des machines aratoires dangereuses. Il peut aussi y avoir des anomalies congénitales parce que les parents ont été exposés à des produits chimiques utilisés en agriculture4.

L'UNICEF et d'autres instances signalent que bien des mécanismes mis en place pour améliorer l'efficacité des économies nationales et du secteur agricole n'ont pas toujours amélioré la sécurité alimentaire ou le bien-être des enfants5. « Malgré des améliorations dans les indicateurs mondiaux sur l'alimentation et la nutrition, on estime que près de 800 millions de personnes - soit une personne sur cinq - souffrent toujours de malnutrition chronique et que 200 millions d'enfants souffrent d'insuffisances protéiniques et caloriques chroniques6. »

D'autres enjeux incontournables :
  • Les conflits armés perturbent la vie sociale et économique des enfants dans les collectivités agricoles traditionnelles et peuvent contraindre les familles et leurs enfants à vivre dans une pauvreté extrême dans les villes7.
  • Les difficultés économiques que connaissent les familles dans les collectivités agricoles ont contribué au phénomène des enfants des rues, des enfants qui enfreignent la loi et des enfants exploités sexuellement8.
  • Le fait de travailler et de vivre dans une collectivité agricole peut contribuer à renforcer chez l'enfant le sentiment d'appartenance à une collectivité et son identité ethnique.

Égalité entre les femmes et les hommes

Lorsqu'on s'interroge sur la protection des enfants en agriculture, il faut tenir compte de facteurs importants concernant l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est plus probable que le travail des filles soit non rémunéré. Il arrive donc souvent qu'il ne soit pas reconnu ou qu'on lui attache une valeur moindre qu'au travail des garçons. Le travail des garçons, surtout lorsqu'il est rémunéré, est considéré comme important pour la survie de la famille. À cause des normes sociales et de la menace d'exploitation, il est plus difficile aux filles de se déplacer pour chercher de meilleures conditions de travail. Elles risquent donc davantage de continuer à travailler sans rémunération et de rater les occasions d'acquérir des compétences qui leur permettraient de gagner de l'argent. Elles sont aussi exposées à des risques plus grands d'exploitation sexuelle dans des conditions de travail qui peuvent déjà tenir de l'exploitation. Et lorsqu'elles peuvent aller à l'école, bien des filles y trouvent aussi une situation dangereuse. Étant donné ces raisons entre autres, les filles peuvent ne pas être rejointes aussi bien que les garçons par les programmes proposés, et il faut donc faire pour tous les projets et programmes une évaluation des mesures particulières nécessaires à l'actualisation des droits des filles dans le secteur agricole.

Participation des enfants au secteur agricole : avantages et risques

Avantages possibles

Travail en agriculture :
  • Gratification de contribuer à la subsistance de la famille
  • Occasions d'apprendre et de mettre en pratique des compétences utiles pour gagner sa vie
  • Gains monétaires, si l'enfant travaille pour un employeur ou une exploitation agricole industrielle
  • Identité culturelle plus solide
  • Meilleure compréhension du savoir traditionnel de la collectivité
Vie dans une famille ou une collectivité agricole :
  • Meilleure sécurité alimentaire
  • Moins de migrations vers les villes
  • Préservation de l'identité culturelle
Risques

Travail préjudiciable pour les enfants :
  • Risques pour la santé et la sécurité au travail, p. ex., travail physique difficile qui peut ne pas convenir à un jeune travailleur, longues heures (surtout au moment des récoltes), exposition à des pesticides sans protection adéquate
  • Rémunération si faible, par l'employeur, qu'elle équivaut à de l'exploitation
  • Accès insuffisant aux études à cause d'une fréquentation irrégulière de l'école
Effets préjudiciables sur les familles et les collectivités :
  • Contamination de l'écosystème local, des aliments et de l'eau à cause d'un usage excessif de produits chimiques
  • Stress à cause de maladies associées au travail ou de blessures subies par les parents qui travaillent en agriculture
  • Augmentation des migrations urbaines, lorsque les familles n'ont plus les moyens de continuer à vivre sur les terres agricoles


Agriculture, droits des enfants et l'ACDI : contexte de la politique


En 1991, le gouvernement du Canada a ratifié la Convention de l'ONU relative aux droits de l'enfant (CDE). Les investissements de l'ACDI appuient les droits des enfants de manières diverses, notamment par les programmes dans les domaines de la santé et de l'éducation. Les enfants marginalisés par l'exploitation, les mauvais traitements, la négligence et la discrimination peuvent avoir besoin d'interventions particulières ou de « mesures de protection spéciales », pour appuyer leur développement et veiller au respect de leurs droits.

Le Canada estime que le travail préjudiciable aux enfants constitue un manquement à la CDE et à la Convention no 182 de l'Organisation internationale du travail (OIT) sur les pires formes de travail des enfants (comprenant le travail forcé, obligatoire ou l'esclavage; l'exploitation sexuelle et l'utilisation des enfants pour des activités illicites comme le narcotrafic). Le Canada a ratifié cette convention en 2000.

La protection des enfants est l'une des quatre Priorités de développement social (2000). La façon dont l'ACDI aborde la protection des enfants est expliquée dans son Plan d'action pour la protection des enfants (2001). L'accent y est mis sur les mesures spéciales à prendre pour aider les enfants les plus marginalisés à mener une vie épanouie et saine, à l'abri de l'exploitation, des mauvais traitements, de la négligence et de la discrimination. Font partie de ce groupe, les enfants qui travaillent, ceux qui sont touchés par les conflits armés, les enfants handicapés, les enfants exploités sur le plan sexuel, les enfants qui travaillent ou vivent dans les rues, les enfants qui sont victimes de discrimination en raison de leur appartenance ethnique ou religieuse, les enfants qui contreviennent à la loi ou qui sont à la charge de l'État. Le Plan d'action de l'ACDI pour la protection des enfants adopte une approche fondée sur les droits, qui prend la CDE comme guide.

Les enfants ne sont donc pas perçus comme des objets de compassion ou de pitié, mais comme des êtres humains détenteurs de droits fondamentaux en vertu du droit international.

L'ACDI insiste sur le droit de l'enfant à participer aux décisions qui le concernent et avoir son opinion sérieusement pris en compte, en fonction de son âge et de sa maturité ACDI9.

L'ACDI tient également à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement10 (OMD). Un grand nombre des OMD qui concernent les enfants nécessitent des programmes efficaces dans le secteur de l'agriculture. Par exemple, il faut apporter des améliorations dans le secteur agricole pour réduire la pauvreté extrême et la faim et pour améliorer la santé des mères et diminuer la mortalité infantile. Parallèlement, il faut se soucier du respect de l'environnement en prévenant une surexploitation des sols et inverser la perte de ressources environnementales comme les sols et la biodiversité. Les OMD parlent de travail productif convenable à procurer aux jeunes. Il est également possible d'atteindre cet objectif au moyen d'initiatives dans le secteur agricole.

L'ACDI a renouvelé son engagement à l'égard de l'agriculture et du développement rural dans sa politique agricole, L'agriculture au service du développement durable (2003). Le terme « agriculture » désigne l'ensemble du système qui relie les producteurs aux consommateurs de produits agricoles alimentaires et non alimentaires11. La politique agricole de l'ACDI préconise une approche intégrée de la compréhension de l'agriculture comme une activité qui n'est pas strictement économique, mais qui est aussi fondamentalement culturelle et sociale, avec une dimension environnementale, tout cet ensemble ayant des répercussions sur les enfants. La politique agricole de l'ACDI cerne des questions essentielles de protection des enfants, notamment :

… la surexposition des adultes et des enfants à des produits chimiques dangereux constitue un grave problème, tout comme les formes dommageables de travail familial ou commercial effectué par des enfants. Certains enfants travaillent pendant de longues heures, ne peuvent s'instruire, sont très mal payés ou ne le sont pas, et risquent d'être blessés en soulevant de lourdes charges ou en se servant de machines dangereuses. S'ils doivent travailler pour subvenir à leurs besoins ou à ceux de leurs familles, les enfants devraient bénéficier de mesures propres à réduire les risques qu'ils courent et à leur permettre d'avoir des temps libres, un calendrier scolaire souple et un juste salaire12.

L'ACDI reconnaît la valeur des connaissances locales et l'importance cruciale des modes de participation à la planification, à la mise en oeuvre, à la surveillance et à l'évaluation, comme il est souligné dans Le Canada contribue à un monde meilleur - Énoncé de politique en faveur d'une aide internationale plus efficace (2002). Ces principes constituent une base solide pour l'actuelle politique cadre de l'ACDI en matière d'agriculture, qui recommande la participation des jeunes et des femmes à la mise en œuvre du programme (Annexe de l'Énoncé de politique de l'ACDI : L'agriculture au service du développement rural durable).


Bonnes pratiques


Des initiatives dans les domaines de l'agriculture et du développement rural, qui comprennent et intègrent une approche fondée sur les droits de l'enfant, reconnaissent les filles et les garçons comme des agents économiques valables ayant des droits liés aux loisirs, à l'éducation et à la protection contre l'exploitation, la discrimination, la négligence et le préjudice. Adopter ce type d'approche en matière d'agriculture et de développement rural, cela veut dire choisir de bonnes pratiques : participation, absence de discrimination, optique holistique et comptes rendus par les instances de l'État. Les exemples qui suivent mettent en lumière certaines bonnes pratiques dans le domaine agricole qui reconnaissent les droits de l'enfant.

Au Laos et au Vietnam, des projets de lutte contre la pauvreté s'appliquent au niveau local avec les familles, dont les minorités ethniques. Ils visent à implanter de nouveaux systèmes de culture et de production laitière pour produire des revenus et ils sont appuyés par l'alphabétisation des adultes et des projets d'épargne et de crédit. Ces projets dans le domaine de l'agriculture ne sont pas explicitement axés sur les enfants, mais ils les atteignent dans le contexte des familles et des collectivités qui en bénéficient. Il est intéressant de constater comment, en orientant les efforts vers les petits agriculteurs, on peut obtenir de multiples avantages pour la protection des enfants, sous forme d'aide directe aux jeunes comme agents économiques, tout en améliorant la qualité de la vie rurale, en donnant aux enfants la possibilité de rester dans leur localité d'origine au lieu de s'en aller vers les villes pour assurer leur survie économique.

L'ACDI a contribué à la mise sur pied d'Ecofondo en Colombie. Ce fonds de conversion de la dette a pour objet d'apporter de l'aide dans les domaines de l'agriculture écologique, des forêts, de la biodiversité et de l'environnement urbain. En collaborant avec un réseau de 150 ONG environnementales de partout en Colombie, Ecofondo a appuyé 172 projets au cours des neuf dernières années, dont plusieurs mettent les enfants à contribution, ou sont consacrés à ces derniers, notamment par des initiatives en éducation ou des mesures destinées à mobiliser la jeunesse pour restaurer l'environnement.

Protection des enfants dans la production de café et de cacao en Afrique occidentale

En Afrique occidentale, l'ACDI a accordé une attention considérable aux problèmes liés que sont le travail préjudiciable pour les enfants et le trafic des enfants comme travailleurs agricoles. S'il est vrai que ces problèmes ont attiré une attention internationale considérable et qu'ils ont fait l'objet, ces dernières années, d'une étude attentive de la part des ONG, ils n'en demeurent pas moins importants dans la région.

La Côte d'Ivoire, qui produit 40 % du cacao dans le monde, est la principale destination des enfants pauvres de pays comme le Mali, le Burkina Faso, le Togo et le Bénin. Ils espèrent y obtenir un salaire convenable dans l'industrie du cacao. Une étude réalisée en 2002 par l'OIT auprès des travailleurs juvéniles en Côte d'Ivoire a révélé que 90 % de ces travailleurs de moins de 14 ans travaillaient en agriculture13. En 1995, il y avait un nombre estimatif de 467 000 enfants qui travaillaient en Côte d'Ivoire, en tenant compte des migrants provenant de pays voisins. On a relevé certaines différences entre les filles et les garçons : une proportion légèrement plus élevée de filles chez les 10 % de travailleurs qui avaient un travail autonome ou un métier, et une proportion légèrement inférieure de filles en agriculture. Même si beaucoup d'enfants vivent l'expérience gratifiante de contribuer à faire vivre la famille et d'exercer des compétences utiles, ils doivent faire un travail très dur physiquement et travailler pendant de longues heures (surtout au moment des récoltes), ils sont exposés à des pesticides dangereux sans protection suffisante et travaillent sans rémunération dans leur famille. Les enfants étrangers qui font l'objet d'un trafic peuvent travailler dans des conditions proches de l'esclavage dans des plantations de coton, de cacao et de café, exploités et soumis à de mauvais traitements.

Une stratégie de sensibilisation à la protection des enfants a été intégrée au projet de soutien des coopératives de producteurs de café et de cacao, réalisé par la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI) en Côte d'Ivoire (avec le soutien de l'ACDI). La formation de 10 000 agriculteurs de 15 coopératives, accorde une attention particulière à la distinction entre travail préjudiciable et non préjudiciable pour les enfants et aux problèmes de la sécurité au travail et de la protection des jeunes contre l'exposition à des pesticides, le port de charges trop lourdes et l'utilisation d'outils dangereux. Le plan du projet doté d'une enveloppe de 4,25 millions de dollars, a été présenté en juillet 2002, mais il a fallu le suspendre à compter de mars 2003 à cause d'une recrudescence des conflits et de l'instabilité.

Grâce au Programme d'information sur le développement14, l'ACDI appuie le Réseau de radio rurale des pays en développement dans ses efforts pour aider les radiodiffuseurs, y compris les jeunes, dans plus de 70 pays pour combattre la pauvreté et l'insécurité en matière d'alimentation. Les enfants profitent des émissions de radio - qu'ils produisent parfois - portant sur les pratiques efficaces et peu coûteuses de l'agriculture durable, la nutrition, la santé et le développement local. Le réseau a conçu une série d'émissions visant à encourager les jeunes à rester en zone rurale et à se construire une vie productive dans leur milieu.

Fonds de développement Canada-Équateur

Le Fondo Ecuadoreano Canadiense de Desarollo - Fonds de développement Canada-Équateur (FDCE) - est un projet financé par l'ACDI. Il a eu un retentissement important dans les collectivités. Son efficacité tient en partie au fait qu'il préconise des approches favorables aux enfants et respectueuses de l'environnement.

Le travail des enfants est très répandu en Équateur, surtout dans le secteur rural. En 1998, une enquête gouvernementale a révélé que 45 % des enfants de 10 à 17 ans travaillaient. En 1994, environ 59 % des enfants de ce groupe d'âge, soit quelque 568 000 enfants, travaillaient dans le secteur rural (travail rémunéré ou non). Des enfants équatoriens qui n'ont parfois que 8 ans travaillent dans les bananeraies et les usines de conditionnement et sont exposés à des produits chimiques toxiques; ils manipulent des plastiques traités à l'insecticide, travaillent dans les champs tandis que des avions y répandent des fongicides et appliquent des pesticides après la récolte dans les usines, et ils se servent d'outils coupants et de machettes.15

Par contre, les projets appuyés par le FDEC mettent l'accent sur des formes différentes de développement agricole. En effet, le fonds met l'accent sur le secteur agricole comme point de départ pour améliorer les revenus, la sécurité en matière d'alimentation, la santé, la nutrition et la stabilité de l'emploi dans les localités rurales aux prises avec la pauvreté, tout en faisant la promotion d'une utilisation durable et de la bonne gestion des ressources naturelles. Au bout de 10 ans, le FDEC constitue un modèle sur lequel l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) fonde maintenant la majeure partie de son travail en Équateur. Dans les 100 districts les plus pauvres de ce pays, le FDEC offre à la fois un financement et un soutien technique qui dépendent des demandes formulées par les partenaires qui se chargent de l'application (des ONG locales dans 90 % des cas).

Les interventions du Fonds se font majoritairement auprès des petites exploitations agricoles familiales, et non des grandes plantations bananières. Ses principaux bénéficiaires sont les petites exploitations familiales qui produisent du café, du cacao, des plantes médicinales, des cactus comestibles, la cochenille, l'asperge, les bananes, le quinoa (céréale ancienne qui remplace des cultures moins lucratives comme le blé et l'orge), des cobayes et des objets artisanaux comme des panamas. Les partenaires confirment que les objectifs du fond sont atteints.

Protection des enfants : l'étendue des enjeux

Parmi les résultats attribués aux projets du Fonds qui sont particulièrement importants pour les enfants, notons des améliorations dans les services de santé et d'éducation des villages, la réunification des familles, la réduction de la violence familiale, une meilleure nutrition, un nouveau revenu familial qui permet d'acquitter les frais scolaires et d'acheter les fournitures scolaires, et l'aménagement de terrains de jeu.

On observe des avantages majeurs pour la santé des enfants grâce au remplacement des engrais et pesticides chimiques par des produits biologiques. Cela permet non seulement d'éliminer l'exposition des enfants qui travaillent aux substances vénéneuses, mais aussi de réduire la teneur en produits toxiques dans l'alimentation des familles et les effets des toxines sur la santé génésique des adultes, notamment des femmes enceintes.

L'initiative Agriculture urbaine du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) fait la promotion de l'agriculture urbaine en mettant l'accent sur les politiques et méthodes qui améliorent la productivité, l'accessibilité et la durabilité des systèmes de production urbaine tout en tenant compte des problèmes de santé publique que fait surgir l'agriculture, et notamment l'élevage, dans les villes et en périphérie.

Le programme Telefood, de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), appuie les projets innovateurs venant de la base pour aider les petites exploitations, y compris les potagers scolaires en périphérie des villes, par exemple avec des orphelins du sida en Zambie et les enfants des bidonvilles formés de familles migrantes, aux abords de Lima (Pérou)16.


Éléments principaux des programmes


En s'inspirant des exemples qui précèdent et du travail qui se fait sur les droits de l'enfant dans d'autres secteurs, il est possible de relever plusieurs éléments de programme qui illustrent des « pratiques exemplaires » :
  • Les enfants participent activement à la définition des interventions des programmes, en évaluant les avantages et les inconvénients des approches retenues, surtout en ce qui concerne les interventions directes qui les touchent;
  • Les programmes donnent aux jeunes des occasions d'apprendre ou leur apportent un soutien technique, comme une formation en gestion de l'environnement et en agriculture, l'accès au crédit, des matériaux ou un terrain;
  • Les programmes visent les filles et les femmes et garantissent leur participation;
  • Des occasions d'étudier sont offertes (éducation formelle ou non) à des heures ou dans des saisons compatibles avec les contraintes du travail.
Principes directeurs :
  • Il est important de tenir compte de la façon dont les filles et les garçons contribuent au bien-être de leur famille et de leur collectivité, ainsi qu'à l'économie et à la société en général. Dans la définition de la portée des programmes, il faut aussi décrire tous les bénéficiaires, y compris les filles et les garçons, en précisant le sexe, l'âge, le groupe ethnique, le statut socioéconomique et le cadre rural ou urbain.
  • Il faut faire une analyse qui tient compte des besoins et des priorités de tous les intéressés, y compris les filles et les garçons, concernant aussi bien le problème de développement que la solution proposée.
  • Il est important de faire participer les enfants dans l'évaluation des activités et des résultats, et de mesurer les effets différents chez les filles et les garçons.
  • Les initiatives agricoles nécessitent un investissement de ressources à long terme et un engagement durable à l'égard du changement. Pour mesurer les résultats à long terme, il importe de recueillir, là où c'est possible, des données de référence sur les garçons et les filles, désagrégées selon le sexe, l'âge, le groupe ethnique, le cadre rural ou urbain et le statut socioéconomique.
  • Dans l'analyse du cadre logique, il faut tenir compte de l'engagement à l'égard des droits et de la participation des enfants. Il faut établir des objectifs mesurables pour les initiatives et définir les résultats escomptés et les indicateurs, y compris les indicateurs de la participation des enfants, à la conception, à la mise en oeuvre, à la surveillance et à l'évaluation du programme17.
  • Tous les intervenants, y compris les enfants, devraient participer à la mesure du rendement.
Questions à poser dans la planification des initiatives en agriculture :
  • Qui est ciblé (directement et indirectement) par la politique, le programme ou le projet proposé ? Qui en profitera ?
  • Quelles sont les possibilités d'appliquer des programmes de protection des enfants qui prévoient des mesures de protection spéciales à l'intention des enfants particulièrement vulnérables ?
  • Quel est le meilleur moyen de prendre appui sur les engagements locaux, nationaux et régionaux à l'égard de la protection et des droits des enfants et de renforcer ces engagements ?
  • Comment la conception du projet peut-elle intégrer les mécanismes pour répondre à ces questions (et à celles qui suivent) ?
  • La main-d'oeuvre agricole comprend-elle des filles et des garçons ?
  • Les effets sont-ils négatifs ? Positifs ? Les deux ?
  • Les enfants manipulent-ils des produits chimiques dangereux ou utilisent-ils des machines et des outils trop lourds pour eux ?
  • Quelles sont leurs heures de travail ?
  • Fréquentent-ils l'école locale ?
  • Sinon, y a-t-il des ressources à leur disposition (éducation non formelle) pour qu'ils puissent étudier ?
  • Est-il possible d'adapter l'éducation et la formation à leurs horaires restreints et à leurs besoins ?
  • Est-il possible d'adapter l'éducation et la formation pour intégrer les connaissances et les compétences qu'ils utilisent dans leur travail et leurs expériences de vie ? Le programme agricole permet-il aux travailleurs adultes de gagner assez d'argent pour envoyer les filles et les garçons à l'école ?
  • Le programme agricole permet-il aux travailleurs adultes de gagner assez d'argent pour envoyer les filles et les garçons à l'école ?
  • Comment peut-on mettre au point des formules d'enseignement différentes à l'intention des enfants qui font partie de la main-d'oeuvre agricole ? Comment les questions de protection de l'enfant et d'environnement peuvent-elles être intégrées aux programmes scolaires ? Les écoles offrent-elles un cadre d'enseignement sécuritaire aux filles et aux garçons ?
  • Quels sont les besoins de la collectivité en matière de santé ? Existe-t-il des services pour répondre à ces besoins ?
  • Comment peut-on reconnaître la valeur des modes de vie traditionnels non-nuisibles ?
  • Comment les garçons et les filles peuvent-ils participer à encourager les possibilités de programmes de protection des enfants ?


Conclusion


Pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, respecter le Plan d'action de l'ACDI pour la protection des enfants tout en renforçant l'efficacité d'autres politiques pertinentes et soutenir l'application par les pays partenaires de la CDE, il faut que les programmes de coopération au développement tiennent compte explicitement des droits des enfants dans la planification et la réalisation des projets dans le domaine agricole. Dans le cadre d'un mandat général de réduction de la pauvreté, les plans de développement de pays, les documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP), les plans de développement rural et les stratégies de transformation du secteur agricole, doivent comporter les engagements explicites suivants :
  • prévenir les pires formes de travail des enfants, ce qui comprend l'application de la protection prévue par les lois contre les conditions de travail dangereuses et toutes les formes d'exploitation et d'abus, conformément aux normes internationales et nationales des droits de la personne et à la législation sur le travail;
  • appuyer la participation des filles et des garçons aux pratiques agricoles qui renforcent leur contribution aux besoins de leur famille tout en assurant la protection de leurs droits;
  • protéger la population, en mentionnant explicitement les enfants, contre les polluants agricoles à cause de l'utilisation excessive et dangereuse des produits chimiques qui exposent les travailleurs, les collectivités environnantes et les écosystèmes à des toxines qui minent leur santé;
  • promouvoir des pratiques agroécologiques qui régénèrent chaque écosystème local (sols, eau, biodiversité) et en maintiennent l'intégrité pour les générations présentes et à venir.
À l'ACDI, faire expressément attention aux résultats relatifs à la protection des enfants et à leurs droits dans la planification des programmes et des projets, contribuerait à s'assurer que le travail des enfants, leur santé et celle de l'environnement, dans les projets du domaine agricole, soient pris en compte dans la méthode du cadre logique de chaque projet, dans la mise en oeuvre et dans le processus de surveillance et d'évaluation.

Outre les possibilités offertes par les programmes, l'ACDI peut aussi chercher des occasions dans un dialogue suivi sur la politique. Étant donné que certains pays partenaires n'ont pas encore élaboré leur DSRP ou leurs plans pour le secteur agricole ou rural, le Canada a la possibilité de faire valoir l'interdépendance entre les droits des enfants et l'agriculture. L'ACDI s'engage de plus en plus dans des approches fondées sur des programmes avec les pays partenaires et d'autres donateurs. Elle est bien placée, avec une politique cadre sur l'agriculture et une autre sur la protection des enfants, pour préconiser l'intégration de ces enjeux de manière à soutenir les priorités des pays partenaires en matière de réduction de la pauvreté dans le respect des obligations imposées par la CDE.


Ouvrages recommandés


GROUPE CANADIEN DE RÉFLEXION SUR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE, "Briefing document on Agreement on Agriculture", janvier 2003.

CORNWALL, Andrea, "Beneficiary, Consumer, Citizen: Perspectives on Participation for Poverty Reduction", Agence suédoise de développement international, 2003.

FUNES, F., L. GARCIA, M. BOURQUE, N. Pérez et P. Rosset, Sustainable Agriculture and Resistance: Transforming Food Production in Cuba, Food First Books, Oakland (Californie), 2002.

GAGNON, Daniel, El Machete Verde: manual campesino, UCA Nicaragua/SUCO/SNV Holland, 1994.

HART, Roger, Children's Participation: The Theory and Practice of Involving Young Citizens in Community Development and Environmental Care, UNICEF/Earthscan, 1997.

HUMAN RIGHTS WATCH, "Backgrounder on Child Labour in Agriculture", dans HRW World Report 2002, Human Rights Watch, New York- Washington-Londres-Bruxelles, 2002.

INDEPENDENT SCIENCE PANEL (ISP), "The Case for a GM-Free Sustainable World", Institute of Science and Society & Third World Network, 2003.

LOBE, Jim, "U.S. Exploiting Hunger to Promote GM Crops, Group Charges " http://www.OneWorld.net (en anglais seulement), 26 mai 2003.

PRETTY, Jules et Rachel HINE, Reducing Food Poverty with Sustainable Agriculture: A Summary of New Evidence, Centre for Environment and Society, University of Essex, février 2001.

ROBINSON, Shirley, Children First in the Poverty Battle, Save The Children, Suède, 2003.

RUIZ, Ana, The Future of Indigenous Agriculture: A Challenge to Us, exposé à la conférence sur la biodévastation, http://www.organicconsumers.org (en anglais seulement), 18 mai 2003.

VAN VYLDER, Stefan, "A Macroeconomic Policy for Children in an Era of Globalization" dans CORNIA, Giovanni Andrea (éd.), Harnessing Globalization for Children: A Report to UNICEF, Centre de recherche Innocenti de l'UNICEF, 2001.


Notes


1 - CRDI, Agriculture urbaine, deuxième phase, 2000-2004, Centre de recherches pour le développement international, 2000.
2 - Le terme « enfants » est défini dans la Convention relative aux droits de l'enfant comme désignant tous les êtres humains de moins de 18 ans.
3 - O'Donnel, O., E. Van Doorslaer et F. Rosati. Child Labour and Health: Evidence and Research Issues. Understanding Children's Work: An Inter-Agency Research Cooperation Project. OIT/UNICEF/Banque mondiale, janvier 2002.
4 - Institute for Children's Environmental Health (en anglais seulement), Children's Environmental Health Basics, 2002]
5 - Voir Van Vylder, Stefan, "A Macroeconomic Policy for Children in an Era of Globalization", dans Cornia, Giovanni Andrea (éd.). Harnessing Globalization for Children: A Report to UNICEF, Centre de recherche Innocenti de l'UNICEF, 2001.
6 - MacGillivray, Iain, Helping Others Feed Themselves: Assessing CIDA's Level of Effort in Agriculture, Food and Nutrition, Direction générale des politiques de l'ACDI,1996.
7 - ACDI, Plan d'action de l'ACDI pour la protection des enfants : Promouvoir les droits des enfants ayant besoin de mesures de protection spéciales, juin 2001, p. 8.
8 - Ibid, p. 20.
9 - ACDI. Plan d'action de l'ACDI pour la protection des enfants : promouvoir les droits des enfants ayant besoin de mesures de protection spéciales, juin 2001, p. 24.
10 - Millennium Development Goals (en anglais seulement)
11 - ACDI, L'agriculture au service du développement rural durable - Le Canada contribue à un monde meilleur, ACDI, mars 2003
12 - ACDI, op. cit.
13 - Francavilla, F. et S. Lyon, Children's Work in Côte d'Ivoire: An Overview, in Understanding Children's Work: An Inter-Agency Research Cooperation Project, OIT/UNICEF/Banque mondiale, mars 2002.
14 - Le Programme d'information sur le développement appuie financièrement la création d'initiatives, destinées aux médias de masse et au milieu scolaire, qui visent une sensibilisation des Canadiens aux questions de développement international et de coopération.
15 - Human Rights Watch, Tainted Harvest: Child Labor and Obstacles to Organizing on Ecuador's Banana Plantations, Human Rights Watch, New York - Washington - Londres - Bruxelles, 2002.
16 - Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Cultiver l'esprit en cultivant des légumes - Dans une communauté pauvre des faubourgs de Lima, un jardin potager scolaire améliore la nutrition des enfants tout en leur transmettant orgueil et savoir-faire, 2002.
17 - ACDI, La GAR et la participation des enfants - Guide de d'intégration au plan de projet des résultats escomptés de la participation des enfants, février 2003.


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Contribution des enfants au travail de la terre et à sa préservation : Les liens entre l'agriculture et les droits de l'enfant (567 Ko, 23 pages)