Gouvernement du Canada

Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada

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Le ministre Fantino prononce un discours au Conseil international du Canada

L'allocution prononcée fait foi

TORONTO
Le 21 juin 2013

Bon après-midi.

Je vous remercie de cette aimable présentation et de me donner l'occasion de vous parler aujourd'hui.

Le thème d'aujourd'hui — Ce que le Canada devrait maintenant accomplir sur la scène internationale — nous rappelle toutes les réalisations de notre pays.

Il nous amène aussi à envisager les multiples interventions qui sont à notre portée dans le monde.

Le contexte qui façonne le développement a évolué avec les années.

Les pays en développement d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine jouent un rôle de plus en plus actif dans l'économie mondiale et le programme de développement.

Ils se soucient avant tout de la croissance économique, du commerce et de l'investissement.

Pour la première fois, nous constatons que le commerce entre ces pays surpasse leurs échanges avec les économies développées.

De plus en plus de pays à revenu faible et à revenu intermédiaire reçoivent non seulement de l'aide, mais deviennent aussi nos partenaires commerciaux.

Depuis le milieu des années 1990, bon nombre des pays à faible revenu ont obtenu le statut de pays à revenu intermédiaire.

L'aide consentie par le Canada — et bien sûr par la communauté internationale — est dépassée par les investissements privés, y compris les transferts de fonds et les dons privés.

Au cours des années 1960, l'aide publique au développement représentait plus de 70 % des apports financiers destinés aux pays en développement.

Aujourd'hui, cette aide représente moins de 15 %.

Cette tendance ne peut que se maintenir, car de plus en plus d'entreprises et d'entrepreneurs canadiens envisagent de trouver auprès de leurs homologues d'Afrique, d'Asie et des Amériques, des possibilités de croissance mutuelle.

Près de la moitié de la population mondiale a maintenant moins de 25 ans et la plupart de ces personnes habitent dans les pays en développement.

Cette évolution démographique représente à la fois une occasion et un défi.

Les jeunes des pays en développement sont une ressource incroyable.

Ils ont le potentiel nécessaire pour être fort utiles à leur collectivité, à leur économie et à leurs pays respectifs.

Mais lorsqu'ils ne peuvent être les artisans d'un changement positif, ils risquent souvent de devenir des victimes.

Si l'on ne répond pas à leurs attentes en matière d'études et d'emplois, les perspectives d'amélioration mènent rapidement au désespoir.

Toutes ces nouvelles réalités montrent la nécessité d'une meilleure coordination entre le développement, le commerce et la politique étrangère.

Ces réalités ont aussi amené notre gouvernement à fusionner l'ACDI et le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international.

Il a créé une base solide pour les activités futures du nouveau ministère ainsi formé.

Depuis 2008, nous avons concentré davantage l'aide au développement et l'avons rendue plus efficace et responsable.

Nous investissons plus de 80 % de notre aide bilatérale dans 20 pays afin d'accroître notre incidence.

Nous appuyons les plans de développement dirigés et pris en charge par les pays, et favorisons leur réussite.

Nous concentrons nos efforts sur cinq principaux enjeux :

  • La sécurité alimentaire
  • Les enfants et les jeunes
  • La croissance économique durable
  • La sécurité
  • La démocratie

Nous avons délié la totalité de notre aide alimentaire et 99 % de toute l'aide canadienne.

Cette initiative donne aux partenaires de notre pays la latitude nécessaire pour recourir à des fournisseurs locaux de biens et services, rechercher les meilleurs prix et se doter de leurs propres systèmes locaux.

Sur le plan opérationnel, notre travail de développement est plus efficace que jamais.

Pour chaque dollar dépensé par le Canada, 94 cents servent directement à financer des projets de développement.

Le nouveau ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement rendra notre aide plus efficace.

Pour cela, nous allons :

  • Combiner l'expérience des deux ministères;
  • Améliorer la cohérence de nos politiques au sujet des principaux enjeux;
  • Placer les enjeux du développement sur un pied d'égalité avec le commerce et la diplomatie;
  • Enchâsser dans la loi, pour la première fois, le mandat d'aide au développement ainsi que le rôle et les responsabilités du ministre du Développement international.

Ces changements nous rendront plus réceptifs aux nouvelles réalités qui nous attendent.

Ils nous permettront aussi d'utiliser les meilleurs outils disponibles pour aider chaque pays à relever ses propres défis et à atteindre ses propres objectifs.

Certains pays auront besoin d'aide pour renforcer leur système de santé ou d'éducation.

D'autres nécessiteront une assistance technique afin d'optimiser les avantages du commerce.

Notre travail demeurera axé sur l'objectif ultime de réduire la pauvreté.

De plus, nous continuerons d'intervenir à la suite de crises humanitaires, comme par le passé.

Notre travail dans le nouveau ministère sera marqué par une plus grande innovation et par une vision d'avenir.

Nous continuerons de favoriser l'engagement accru du secteur privé.

Nous continuerons à nous concentrer sur les enfants et les jeunes, qui représentent l'avenir et sont notre principal atout pour permettre à ces pays de passer de la pauvreté à la prospérité.

Nous conserverons le souci constant de responsabilisation et de transparence.

Il faudra toujours faire preuve d'une responsabilisation absolue dans l'affectation judicieuse de l'argent durement gagné par les Canadiens, le choix de nos partenaires et les résultats que les personnes les plus vulnérables attendent de notre travail.

Dans le contexte actuel de restrictions financières, une collaboration accrue avec le secteur privé est indispensable pour promouvoir tous nos objectifs de développement.

Durant des années, nous avons travaillé de concert avec des coopératives ainsi que des fondations privées comme la Fondation Bill et Melinda Gates.

Nous appuyons aussi des alliances qui optimisent les investissements dans le développement.

La Nouvelle Alliance du G8 pour la sécurité alimentaire et la nutrition en est un excellent exemple.

On prévoit qu'elle aura pour effet d'aider 50 millions de personnes à sortir de la pauvreté d'ici 2022, grâce à un effort dirigé par l'Afrique qui vise à augmenter les investissements du secteur privé dans l'agriculture.

L'année dernière, plus de 80 entreprises africaines et multinationales se sont engagées à investir plus de trois milliards de dollars dans tous les volets de l'agriculture, de la ferme à la table.

Le concept de collaboration avec le secteur privé en vue d'améliorer le développement n'est pas nouveau.

Ce qui est nouveau, c'est que nous élargissons l'envergure des perspectives et des attentes, notamment pour les entreprises privées, afin qu'elles deviennent de plus grands partenaires du développement.

Il ne s'agit pas d'aider les entreprises à gagner plus d'argent.

Il s'agit de travailler ensemble, de joindre nos forces et regrouper nos ressources considérables pour laisser une meilleure empreinte dans le monde entier.

Après tout, le secteur privé apporte le capital, l'innovation, la compétence technique et la capacité nécessaires pour cerner les débouchés commerciaux.

En combinant nos forces, nous pouvons moderniser les formes d'aide traditionnelles.

Cette approche peut se traduire par :

  • Un plus grand nombre d'emplois;
  • Une nutrition améliorée et une meilleure santé;
  • Une meilleure éducation offerte à un plus grand nombre de personnes.

Permettez-moi de donner quelques exemples concrets.

Isaac Zoulou est un fabricant de charbon de 42 ans, qui habite en Zambie.

Malgré tous ses efforts, Isaac a toujours eu de la difficulté à nourrir sa famille et à garder ses cinq enfants sur les bancs d'école.

Cette situation a changé du tout au tout, il y a deux ans, quand Isaac s'est joint à Comaco, une entreprise agricole zambienne subventionnée par notre gouvernement.

Comaco fournit à plus de 60 000 petits exploitants agricoles la formation, les matières premières et les occasions nécessaires pour adapter leurs produits au marché.

Grâce à Comaco, Isaac a appris à faire pousser des arachides, une nouvelle culture pouvant être vendue et utilisée dans divers produits à base d'arachides.

Il gagne maintenant 400 $ de plus par année en vendant ses arachides à Comaco.

Ainsi, son revenu a presque doublé.

À son tour, Comaco veille à lui assurer une demande régulière, un prix équitable pour sa récolte et une prime pour ses efforts de conservation.

Cette situation a complètement transformé la vie d'Isaac et celle de sa famille.

Sa femme et lui ont maintenant plus d'argent pour acheter des aliments et pour envoyer leurs enfants à l'école; ils ont même réussi à économiser assez d'argent pour acheter une vache.

Ce n'est qu'un des nombreux exemples qui illustrent comment le secteur privé peut donner aux gens les compétences et les outils nécessaires pour améliorer leur sort.

Le Canada amorce aussi une collaboration accrue avec le secteur de l'extraction pour favoriser le bien-être des gens.

Parce qu'il est un exemple de réussite dans le secteur de l'extraction, le Canada est bien placé pour aider les pays en développement à surmonter leurs difficultés et à concrétiser leur vision de ce secteur en constante évolution.

Le nouvel Institut international pour les industries extractives et le développement témoigne de la façon dont notre gouvernement fait preuve de leadership en aidant les pays en développement à gérer leur secteur de l'extraction.

Ce centre regroupera sous un même toit les personnes les plus compétentes du gouvernement canadien, du secteur privé, du monde de l'enseignement et de la société civile.

L'Institut donnera aux pays en développement le soutien nécessaire à une gestion et à une administration responsables de leurs ressources.

Les pays en développement pourront alors générer les revenus considérables nécessaires à leur subsistance.

Cette situation est vraiment avantageuse pour tout le monde, surtout les travailleurs qualifiés dans les régions où l'on investit dans les industries d'extraction.

Les enfants et les jeunes de la génération actuelle sont nos futurs chefs de file, entrepreneurs, professeurs et ingénieurs.

Le soutien que nous leur accordons déterminera la sécurité et le rythme de la croissance dans le monde.

Mais d'abord, il faut les aider à survivre!

Nos investissements dans la santé, la nutrition, l'éducation et la protection des enfants permettent de réaliser des gains considérables.

En 2010, le premier ministre Harper a dirigé une initiative du G8 qui permet d'améliorer la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants dans les pays en développement.

Ce projet, appelé Initiative de Muskoka, vise à empêcher le décès de quelque 64 000 mères et de 1,3 million d'enfants de moins de cinq ans.

À l'échelle mondiale, grâce au soutien du Canada, 23 millions d'enfants de plus ont été inscrits dans les écoles primaires, 37 000 classes de plus ont été construites et 400 000 professeurs de plus ont été formés.

Malheureusement, durant toute leur enfance, de nombreux enfants — particulièrement les filles — sont exposés à la violence, aux mauvais traitements et à l'exploitation.

En tant qu'ancien policier, je suis particulièrement ému par ce problème.

Dans des pays comme la Colombie, les enfants et les jeunes représentent 57 % des personnes vivant dans la pauvreté.

Ils vivent dans la crainte constante des mines terrestres, du déplacement interne, de l'exploitation sexuelle et du recrutement par des groupes armés illégaux.

Notre gouvernement travaille avec l'UNICEF pour éduquer les parents au sujet de ces problèmes.

Et nous aidons l'UNICEF à offrir des activités sécuritaires et saines aux enfants et aux jeunes.

Bien sûr, il ne suffit pas de déclarer son désir d'aider.

Nous devons honorer nos engagements.

Et nous devons être entièrement responsables de la façon dont nous dépensons des fonds publics durement gagnés.

À titre de représentant élu, je suis très conscient du fait que les Canadiens, y compris vous tous ici présents, financent nos projets.

Quand le Canada s'engage à débourser des millions de dollars, ses contribuables ont le droit de connaître les résultats obtenus.

De même, nous devons pouvoir démontrer aux bénéficiaires de notre aide à quoi servent nos contributions.

La responsabilisation et la transparence font aussi partie des priorités de notre gouvernement.

En facilitant l'accès à l'information sur notre travail, nous aiderons les Canadiens à mieux connaître le développement et à y participer davantage, car ils verront où va leur argent et à qui il sert.

De plus, en étant responsables et transparents, nous coordonnons mieux nos activités avec celles de nos partenaires.

On me demande souvent pourquoi cela est important.

Pourquoi le Canada devrait-il dépenser l'argent durement gagné des contribuables pour améliorer la vie dans les pays en développement, quand nous avons des problèmes chez nous?

Cette aide importe car, comme chacun le sait, « personne ne vit en vase clos » et le Canada est un voisin empreint de compassion.

Les difficultés éprouvées par d'autres pays ont des répercussions sur nos investissements, notre santé, le prix de nos aliments et de l'essence, notre sécurité et nos possibilités d'échanges commerciaux avec l'étranger.

De même, les investissements du Canada à l'étranger protègent nos intérêts au pays.

En aidant d'autres pays à faire progresser leur économie, nous créons des conditions propices à la croissance, au commerce et au développement.

En aidant des pays à apporter stabilité et protection à leurs citoyens, nous mettons un terme aux contrecoups de la violence et empêchons notre pays d'être touché par les activités criminelles et le terrorisme.

En donnant à des millions de gens l'accès à des soins de santé et à des vaccins, nous devenons tous plus résistants aux pandémies mondiales.

Le développement fait partie intégrante des efforts déployés par notre gouvernement pour favoriser un monde plus sécuritaire et prospère.

J'espère de tout cœur que, dans 50 ans, il ne sera plus nécessaire de fournir une aide au développement, que nous pourrons collectivement instaurer un monde où chaque personne sera en bonne santé et aura suffisamment d'aliments nutritifs et d'eau potable.

Un monde où chaque enfant aura l'occasion d'aller à l'école, où chaque personne pourra occuper un emploi décent, faire vivre sa famille et contribuer au bien-être de sa collectivité et de son pays.

Un monde où chacun pourra participer entièrement à la société, sans être exposé à la violence, à la discrimination, à l'exploitation et aux mauvais traitements.

En d'autres termes, si je peux m'assurer que les enfants de mes petits-enfants n'auront pas besoin de vivre dans un monde où la pauvreté est endémique, alors nous aurons bien fait notre travail.

Merci.