
Des travailleurs sanitaires à El Eden de Ceguaca distribuent un médicament à des enfants dans le cadre de la lutte contre la maladie de Chagas.
Au Honduras, dans la région de Santa Bárbara, des collectivités entières font la guerre aux chinches ― un ennemi à l'appétit vorace. Il s'agit d'insectes hématophages mesurant de deux à trois centimètres de long. Le jour, ils se cachent dans les fissures des murs de terre battue et en briques d'adobe et des toits de chaume. Le soir venu, ils sortent de leur cachette pour se régaler de sang humain frais et transmettent le parasite Trypanosoma cruzi, mieux connu comme responsable de la maladie de Chagas.
Quelque 600 000 Honduriens sont atteints de la maladie de Chagas, qui se déclare habituellement par une forte fièvre et l'enflure des paupières du côté de la piqûre. Même si les symptômes finissent par disparaître, la maladie demeure pour réapparaître des dizaines d'années plus tard et s'attaquer aux organes vitaux, comme le cœur et le côlon. Plusieurs cas ont été diagnostiqués récemment au Canada; ceux-ci sont probablement attribuables aux parasites rapportés par des voyageurs en provenance d'Amérique latine.
Un plan national et international
Le Canada, par l'entremise de l'ACDI, et en étroite collaboration avec l'Agence japonaise de coopération internationale et l'Organisation panaméricaine de la santé, a aidé le gouvernement du Honduras à préparer un plan national de prévention et de lutte contre la maladie de Chagas. On a vanté les mérites de ce plan partout dans le monde comme un modèle d'harmonisation sur le plan de la coopération internationale.
L'ACDI a soutenu le plan d'autres façons ― en lui versant 1,75 million de dollars canadiens, en fournissant des biens, comme des insecticides et des véhicules motorisés, et en fournissant des services techniques dans des domaines comme la gestion de l'information, la formation en ressources humaines et le renforcement des institutions.
Voici les principaux résultats obtenus jusqu'à maintenant :
- Plus de 54 000 maisons ― réparties dans 879 collectivités ― ont été vaporisées.
- Plus de 20 000 élèves ont été examinés et 1 200 d'entre eux reçoivent maintenant un traitement.
- Toutes les banques de sang sont maintenant testées pour la maladie de Chagas, pour s'assurer que la maladie ne sera pas transmise par transfusion sanguine.
Même au paradis

Un technicien sanitaire fait subir une fumigation à une maison à El Eden de Ceguaca afin de réduire le risque de propagation de la maladie de Chagas.
Dans la petite collectivité d'El Edén de Ceguaca, nichée aux sommets des montagnes, tout le monde participe à la bataille. « Tout le village s'est engagé à vaincre la maladie », mentionne fièrement Issac López, un technicien en santé environnementale. Les infirmières font la tournée des écoles pour déceler les cas d'infection. Des experts vaporisent les petites maisons des milieux ruraux avec un insecticide. Une armée de travailleurs communautaires sensibilisent la population aux causes, signes et symptômes de la maladie.
« Il faut sensibiliser la population aux dangers du parasite et l'inciter à s'en débarrasser, insiste le Dr Carlos Ponce, chef du Laboratoire de recherche sur la maladie de Chagas, au Honduras. Les gens croient communément que la présence d'un insecte dans la maison est un porte-bonheur. Nous avons conçu et distribué de grandes affiches colorées qui illustrent ces affreuses bestioles, expliquent comment les reconnaître et incitent les gens à ne pas en avoir pitié. »
Cette tâche revient aux enfants du village. Après l'école, armés de pinces médicales et de sacs de plastique, ils chassent les chinches. Les insectes attrapés sont identifiés et rapportés à un bénévole dans le centre de santé le plus près. « Je n'ai pas peur des chinches, se vante la petite Cindi, reconnue pour ses talents de chasseuse d'insectes. C'est moi qui leur fait peur ! ajoute-t-elle. Vous n'en trouverez aucun chez moi ! »
Parce qu'il y a une corrélation directe entre la pauvreté extrême et la maladie de Chagas, il faut adopter une série de mesures différentes pour éradiquer la maladie. Il ne suffit pas simplement de se débarrasser des insectes, il faut remplacer les toits en chaume par des toits en taule. On s'emploie également à rapprocher les services de santé des collectivités éloignées. « La bataille ne consiste pas simplement à fumiger les maisons et à traiter les maladies, explique le D
r Ponce. Elle se terminera lorsque les conditions de vie s'amélioreront véritablement. »