Les habitants de Tongo, au Nord-Kivu,
accueillent une délégation de la Mission
de l'Organisation des Nations Unies en
République démocratique du Congo (MONUC), qui vise le maintien de la paix.
Le tissu social des collectivités africaines est déchiré par la guerre. Arrachés à leurs familles par les combattants, les jeunes Africains deviennent à la fois les auteurs et les victimes de violences. Les garçons sont enrôlés de force; les filles sont enlevées et violées.
S'ils survivent, ces jeunes retournent chez eux avec le poids de cicatrices et de traumatismes résultant de la violence… et souvent avec les enfants qu'ils ont mis au monde pendant qu'ils étaient dans la brousse. Leurs familles et leurs collectivités les rejettent parce qu'ils ont participé au conflit; ils sont privés de leur avenir.
Par l'entremise du Fonds canadien pour l'Afrique (FCA), le Canada a investi 6 millions de dollars dans le Programme pour les jeunes touchés par la guerre afin d'explorer des moyens qui permettraient à ces jeunes de participer au processus de rétablissement des collectivités et de consolidation de la paix dans les pays africains qui sont les plus dévastés par la guerre.
Le texte suivant présente un résumé des leçons retenues grâce à des projets financés par le FCA et qui ont été élaborés et gérés par War Child Canada (WCC) (en anglais seulement) et Défense des enfants International-Canada (DEI) (en anglais seulement). La brochure prend sa source dans une étude de l'ACDI : Lessons Learned: War-Affected Children and Youth (Margot Rothman, ACDI, 2007).
Le Programme pour les jeunes touchés par la guerre était une des initiatives du FCA annoncées dans le cadre du Sommet du G8 à Kananaskis. Après de nombreuses discussions et recherches et après que son envergure eut été décidée, le programme a été approuvé en février 2005 pour être mis en oeuvre par WCC et DEI en coopération avec des partenaires locaux. Il ciblait les pays africains les plus affligés par la guerre, notamment l'Angola, le Burundi, la République démocratique du Congo, la Sierra Leone, le Soudan, et l'Ouganda. Étant donné la diversité des expériences et des projets (situations de conflit différentes, différents aspects de la protection de l'enfant, variété de bénéficiaires), une étude sur les leçons à retenir de la mise en oeuvre de ce programme a
été commandée en 2007 pour préciser les principaux apprentissages et les pratiques exemplaires qui se dégagent de ces investissements.
School Rehabilitation and Revitalization Project en République démocratique du Congo (RDC), en partenariat avec la Federation of Methodist Churches of Congo (FMCC)
Former Child Soldiers Rehabilitation Project en Sierra Leone, en partenariat avec le Centre for Coordination of Youth Activities (CCYA) à Makeni et le International Education and Resource Network (iEARN) à Freetown
Youth Development Project dans le sud du Soudan, en partenariat avec War Child Holland
Child Legal Defence Project dans le nord de l'Ouganda, en partenariat avec le Legal Aid Project (LAP) une organisation non gouvernementale locale
Les projets de Défense des enfants International-Canada
Youth Ambassadors for Peace and Citizenship (JEPC) en Angola, en partenariat avec le Development Workshop
Project to Support the Social and Economic Reintegration of Young Women and Girls Affected by Conflict and Victims of Violence au Burundi, en collaboration avec un consortium de partenaires locaux sous la gouverne de ACORD Burundi
Mother-Daughter Project dans le nord de l'Ouganda, en partenariat avec World Vision Uganda et un comité d'organismes d'intervention
Inter-country Project, établi au Kenya, en collaboration avec ACORD, pour améliorer les activités de recherche et de défense des droits dans le cadre des trois projets de DEI pour les jeunes touchés par la guerre
Pour l'ACDI, les droits de l'enfant et la protection de l'enfant sont toujours des éléments importants dans l'élaboration de sa programmation, en particulier pour l'Afrique, ce continent dont plus de la moitié de la population se compose d'enfants et de jeunes. La communauté internationale a pris un engagement ferme envers les enfants avec la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant et en adoptant les huit objectifs du Millénaire pour le développement dont six concernent la sauvegarde des droits de l'enfant. L'ACDI contribue à la promotion et à la protection de ces droits, particulièrement dans les cas qui exigent une protection plus spéciale, par le renforcement des capacités des organismes gouvernementaux et civils, par des services sociaux ciblés, et en encourageant une contribution significative des jeunes.
1. Rétablir un environnement communautaire paisible qui permet la réintégration des jeunes est aussi important que de répondre à leurs besoins psychosociaux et de réadaptation individuels.
Les femmes du village se rencontrent à
l'hôpital Panzi à Nyamarhege, au Sud-Kivu, dans la République démocratique du Congo, dans le cadre d'un programme pour les survivants qui aide les victimes d'abus sexuels.
Faire appel à la collaboration d'un large éventail d'intervenants communautaires.
Ranimer les relations traditionnelles entre les générations.
Apprendre aux jeunes comment communiquer.
Fournir des espaces sécuritaires pour le dialogue.
Exemple : Des filles-mères dans le nord de l'Ouganda ont présenté des pièces dramatiques visant l'impact de la guerre sur les relations familiales devant 20 000 spectateurs dans 16 camps de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. Les pièces ont permis de sensibiliser les adultes à la douleur ressentie par ces jeunes mères après avoir été rejetées par leur famille.
2. Rétablir la normalité dans la vie des enfants et des jeunes est essentiel à leur guérison et leur réintégration.
Fournir un espace communautaire et les occasions pour les enfants de se reposer, de se divertir et de jouer.
Encourager les jeunes à devenir des organisateurs, des guides et des modèles pour les enfants plus jeunes.
S'assurer que les adultes qui interviennent auprès des enfants ont bénéficié d'une formation en matière des droits de l'enfant, de l'assistance psychosociologique et de l'écoute active.
Exemple : Des groupes de jeunes au Soudan ont organisé des « journées pour le jeu » au bénéfice des enfants dans les collectivités touchées par la guerre. Des activités de création (dessin, art dramatique, chanson, jeux) ont aidé les enfants à exprimer leurs émotions et leur ont donné l'occasion de se comporter de nouveau comme des enfants. Les membres des groupes de jeunes se sont sentis utiles et ont gagné le respect de leurs collectivités.
3. Renforcer les services communautaires et la capacité du gouvernement de protéger les droits de l'enfant est un complément essentiel à la revitalisation des réseaux communautaires.
Prévoir des lieux distincts pour les hommes, les femmes et les jeunes pour discuter de sujets délicats concernant la violation des droits et leur fournir des canaux de communication confidentiels leur permettant de signaler des cas de violation de droits.
Mettre sur pied un solide réseau de référence capable de déterminer et de soumettre des cas de violation des droits de l'enfant.
Promouvoir auprès des instances gouvernementales l'idée que la formation en matière des droits de l'enfant est une occasion de perfectionnement professionnel plutôt qu'une appréciation négative du rendement.
Parler des droits de l'enfant dans le contexte des lois et règlements d'un pays, des directives administratives et des descriptions de poste.
Exemple : Au Burundi, 240 dirigeants communautaires ont participé à des ateliers de sensibilisation sur les droits de l'enfant, 120 intervenants en éducation ont reçu une formation en soins psychosociaux pour les victimes de violence, et une association locale d'avocates a assuré la représentation juridique de 300 femmes et jeunes filles.
4. Offrir de la formation et des moyens de générer un revenu est une étape cruciale dans le processus de réintégration des jeunes.
Analyser les besoins en formation avant d'en préciser les contenus, considérant que les niveaux d'éducation peuvent être très variés.
Prévoir plus de temps et de ressources pour organiser des activités en groupe qui génèrent des revenus.
Tenir compte des besoins des jeunes mères, leur disponibilité, leur sécurité et la prise en charge de leurs enfants.
Exemple : Un projet en Sierra Leone a aidé 400 jeunes (dont la moitié était des femmes) à améliorer des activités traditionnelles qui génèrent un revenu (apiculture pour les jeunes hommes, culture de l'arachide et élevage de chèvres pour les jeunes filles). Les dirigeants de la collectivité ont bien réagi aux collaborations établies par ces jeunes et à la confiance qu'ils développaient en eux-mêmes, et ont commencé à les traiter avec plus de respect et à les inclure dans la collectivité.
5. Comprendre et tenir compte de la culture, des coutumes, traditions et rituels locaux sont des éléments essentiels du rétablissement de la collectivité.
Encourager les jeunes à faire des recherches sur les traditions de la collectivité qui favorisent la réconciliation, de même que sur celles qui sont à la source de la discrimination à l'égard des groupes plus vulnérables et de leur exclusion sociale.
Encourager une discussion sur les résultats et une sensibilisation afin de recenser les problèmes à l'aide de témoignages personnels, pièces dramatiques et de processus traditionnels de résolution de conflits.
Exemple : Douze groupes de jeunes en Angola ont renoué avec la tradition de l'ondjango comme outil pour la résolution de conflits. Ce mot de la langue umbundu réfère à un simple lieu de rencontre où les gens discutent de leurs problèmes communs. Les aînés de la collectivité ont très bien réagi à cette initiative, et les jeunes se sont ainsi acquis le respect de leur collectivité.
6. Les jeunes peuvent jouer un rôle significatif en matière de consolidation de la paix, pourvu que leurs besoins soient pris en compte et que le but de leur participation soit bien défini et accepté par la majorité.
Considérer les jeunes comme des intervenants importants et nécessaires, qui ont des besoins différents de ceux des adultes.
Analyser et gérer les obstacles à la participation des jeunes, en particulier celle des filles; aider les adultes à comprendre leur opposition.
Orienter la participation des jeunes vers des résultats tangibles à court terme qui seront perçus comme bénéfiques par tous.
Offrir de la formation aux jeunes.
Recruter des conseillers parmi les adultes qui pourront faciliter le dialogue entre les jeunes et leur collectivité.
Tabler sur les jeunes qui forment d'autres jeunes, sur la sensibilisation et sur la recherche, lorsque c'est possible.
Exemple : En Angola, 112 jeunes de différentes ethnies, religions et affiliations politiques ont collaboré en assumant le rôle de jeunes ambassadeurs pour promouvoir la consolidation de la paix dans leurs collectivités. Ils représentaient plusieurs organismes jusque-là isolés et qui n'avaient jamais encore apporté leur coopération. Ces jeunes se sont concentrés sur les objectifs clairement énoncés de promouvoir la réconciliation et de faire une place aux jeunes dans la reconstruction sociale. Les dirigeants communautaires et les instances locales ont constaté l'apport des efforts investis par les jeunes dans la consolidation de la paix et ont reconnu que les jeunes contribuaient à la réconciliation dans leurs collectivités comme jamais auparavant.
7. Promouvoir l'égalité entre les sexes et les droits de l'enfant durant et après les conflits exige une bonne connaissance de la culture et une grande sensibilité.
Considérer que les droits de l'enfant et l'égalité entre les sexes sont des objectifs qui se renforcent mutuellement et en faire la promotion à tous les niveaux : famille, collectivité et gouvernement.
Développer d'avance des stratégies pour gérer les inégalités dans l'accès aux ressources et aux avantages.
Commencer par un discours fondé sur les besoins plutôt que sur les droits et l'orienter sur des expériences réelles et des témoignages personnels.
Insister sur les droits et les responsabilités, tant pour ceux qui revendiquent que pour les entités responsables.
Cibler les jeunes femmes et les filles-mères qui sont souvent laissées pour compte parce qu'elles ne sont considérées ni comme des enfants ni comme des adultes.
Exemple : Dans le nord de l'Ouganda, les parents et les dirigeants communautaires étaient au départ réticents quant au concept des droits de l'enfant énoncé dans la formulation des projets, qu'ils percevaient comme diminuant leur autorité, de même qu'à propos de la formation sur les droits de l'enfant qu'ils considéraient comme trop abstraite. La formulation du projet a été réorientée avec succès vers le concept « des droits et responsabilités de l'enfant », et les séances de formation et de sensibilisation ont été reciblées vers des interactions quotidiennes concrètes entre adultes et enfants.
Les principes de programmation suivants se dégagent des expériences vécues dans les huit sous-projets du FCA. Nous espérons que ces principes contribueront à guider l'ACDI dans ses futurs investissements pour les enfants et les jeunes touchés par la guerre en Afrique.
Les jeunes sont des intervenants nécessaires dans la consolidation de la paix.
Alors que les jeunes sont les premières victimes de violence en Afrique, ils représentent aussi l'espoir pour l'avenir. Ils doivent jouer un rôle et avoir une voix au chapitre de la résolution des conflits et de la consolidation de la paix.
Rétablir les collectivités est un facteur déterminant dans la réintégration et la guérison des jeunes touchés par la guerre.
Soutenir les jeunes, leurs familles et leur collectivité sont des processus interdépendants essentiels à la promotion de la guérison et de la réintégration.
La réintégration est plus efficace lorsque les jeunes ont un rôle clairement établi dans la reconstruction et la consolidation de la paix.
Pour mettre fin aux stéréotypes négatifs et à l'exclusion sociale des jeunes touchés par la guerre, il faut que les adultes et les jeunes dans une collectivité définissent un rôle positif pour la jeunesse, qui est perçu comme bénéfique par tous.
Les croyances culturelles et les traditions doivent être comprises et abordées.
Les jeunes peuvent aider à ranimer les traditions et les croyances qui favorisent la réconciliation et la stabilité dans la collectivité, tout en abordant celles qui sont sources de division, de discrimination, d'inégalités et d'exclusion sociale.
Une analyse rigoureuse est déterminante dans l'élaboration de solutions appropriées pour la consolidation de la paix.
Pour être gagnantes, les stratégies d'intervention doivent prendre en compte la grande diversité des populations. Les personnes touchées par la guerre participent à la consolidation de la paix de différentes façons en fonction de leur âge, leur sexe, leur ethnicité, leur religion, leur localisation et leur statut.
Promouvoir l'égalité entre les sexes et les droits de l'enfant sont des processus qui se renforcent mutuellement dans la programmation pour les jeunes touchés par la guerre.
Au cours d'un conflit armé, les femmes et les jeunes filles sont l'objet de violences et d'exploitation. Après le conflit, elles sont rejetées, isolées et appauvries. Ce n'est que maintenant que nous mesurons les conséquences de cette violation des droits de la personne.
Quand nous investissons dans des programmes de consolidation de la paix, il est essentiel d'y consacrer le temps et les ressources nécessaires pour opérer un changement durable dans le bien-être des jeunes.
Dans les collectivités assaillies par la guerre, les changements sociaux s'opèrent lentement parce qu'il faut bien comprendre le contexte, développer des liens de confiance, enrichir les compétences et le savoir et renforcer la prise en charge locale des idées et des résultats. Le risque associé à mettre fin trop tôt à un projet est que les jeunes perdront confiance et espoir.
Les partenariats sont essentiels pour répondre aux divers besoins et intérêts des jeunes touchés par la guerre.
Les jeunes touchés par la guerre ont besoin de plusieurs types de soutien (assistance sociopsychologique, éducation parentale, médiation familiale, aide juridique, formation, développement économique, formation pour la direction de groupe, la gestion de projet et la défense des droits). Les partenariats forts entre les organismes qui peuvent apporter ces types de soutien sont essentiels. Ces partenariats exigent une direction compétente, des rôles clairement définis, une coordination efficace et un partage des visions et des systèmes de pensée.
Une approche itérative et flexible de projet est très appropriée dans les pays en guerre ou dans l'après-guerre.
Les préoccupations sur la sécurité, le manque d'infrastructures, les communications difficiles et le coût élevé de la vie peuvent compliquer la gestion d'un projet. L'approche de gestion itérative est la meilleure dans les circonstances, car elle marie une communication efficace, un suivi rigoureux et de la flexibilité dans la programmation, la reprogrammation et le financement des projets.
Les structures de gestion peuvent être des mécanismes efficaces pour faire participer les jeunes à la consolidation de la paix tout en favorisant une prise en charge de la part de la collectivité et en validant la pertinence du projet.
Les processus inclusifs de prise de décision favorisent le rétablissement des individus et de la collectivité, la réconciliation, et confirment la pertinence des projets. Donner aux jeunes un rôle significatif à l'intérieur des structures de prise de décisions est un moyen efficace de promouvoir leur réintégration. Bien que les processus participatifs soient plus longs à établir et à gérer, ils semblent produire de meilleurs résultats en ce qui concerne la prise en charge locale, la pertinence et les retombées.
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